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    25 mars 1993 – 25 mars 2025: il y a trente deux ans…

    25 mars 1993 – 25 mars 2025: il y a trente deux ans, le général Mawulikplimi Ameyi et les colonels Gnandi Akpo et Koffi Tépé étaient assassinés.

    Lomé était vide des trois-quarts de ses habitants le 25 mars 1993. Ils s’étaient enfuis épouvantés par l’extraordinaire cruauté et la lâcheté des militaires des FAT, qui leur ont tiré dessus le 30 janvier 1993, trois mois plus tôt alors qu’ils vaquaient tranquillement à leurs occupations ou faisaient la sieste : femmes, enfants, vieillards, beaucoup furent massacrés par des militaires de Gnassingbé Eyadema désireux de perpétuer une dictature militaire d’un autre âge. Mais certains réfugiés, loin de baisser les bras, s’organisèrent militairement et donnèrent l’assaut au camp RIT, le domicile du dictateur, où ils semèrent la panique et la mort. Le tyran quant à lui, a pu s’échapper à temps, averti comme d’habitude par des traîtres.

    Ce coup de force qui fit sensation parce qu’il avait démontré la fragilité du régime militaire en place, occasionna de très lourdes pertes en vies humaines et des violations massives des droits de l’homme.

    Mais au-delà de son côté symbolique, le coup de force du 25 mars 1993, laissa un mystère non encore élucidé à ce jour, vingt sept ans après ces évènements tragiques. Il s’agit de la mort mystérieuse du général Mawulikplimi Améyi, chef d’état-major particulier d’Eyadema et baron du RPT, et du colonel Gnandi Akpo, chef de la garde présidentielle d’Eyadema. Pour ce qui concerne le colonel Koffi Tépé qui fut littéralement charcuté par les militaires des FAT, ses propres compagnons d’armes, à coup de poignard et de bloc de pierre, le peuple togolais attend toujours la traduction en justice de ses assassins.

    À l’époque des faits, l’on a prétendu que Améyi est sorti de son logement en entendant le bruit de la fusillade pour s’informer de ce qui se passait. Un officier expérimenté peut-il sortir ainsi à découvert en pleine fusillade? Le camp RIT qui abritait Eyadema était-il une passoire?

    Améyi, il faut le souligner était l’oncle du colonel Tépé, lequel a été tué avec une rare barbarie avec trois membres de sa famille. C’est après le salut au drapeau qu’il a présidé à 6 heures du matin qu’il a été assailli par un groupe de militaires sauvages qui s’acharnèrent sur lui, son fils et ses neveux en les découpant avec des couteaux de commando et en les broyant avec des parpaings et des massues. Ils furent réduits à l’état de bouillie, complètement défigurés et les crânes défoncés. C’était le signal de nombreuses exécutions extrajudiciaires de militaires démocrates. La folie sanguinaire des massacreurs avait été telle que les journaux parlèrent d’épuration ethnique au sein des FAT.

    General Mawulikplimi AMEYI assassiné le 25 mars 1993
    Général Mawulikplimi AMEYI assassiné le 25 mars 1993

    Améyi a-t-il été tué par les assaillants ou exécuté comme son neveu Tépé? C’est la question que continuent à se poser les Togolais eu égard aux règlements de compte sanglants qui ont suivi le coup de force des « assaillants venu de l’Ouest ». La version officielle de sa mort n’a convaincu personne.

    C’est compte tenu du diagnostic alarmant qu’elle avait fait de la situation des FAT que la Conférence Nationale Souveraine avait recommandé l’organisation d’états généraux au sein de l’institution militaire afin d’en faire une armée républicaine et disciplinée. Mais hélas, les officiers avaient reçu l’ordre de quitter la CNS. Solution de facilité qui leur avait permis de fuir le débat sur la gestion lamentable du Togo par un régime militaire vomi par le peuple.

    En dehors de la version officielle peu convaincante de la mort d’Améyi et Akpo, saurons-nous jamais la vérité sur leur disparition? Il faut souligner que plusieurs versions contradictoires avaient circulé à l’époque sur leur assassinat.

    Une source militaire fiable nous avait fait état de la remise à Eyadema par le félon Joseph Koffigoh, premier ministre d’Eyadema à l’époque, d’une liste de 2000 militaires démocrates qui voulaient faire partie de la fameuse FSP (Force Spéciale de la Paix) qui aurait comme mission de protéger les institutions de la transition mise en place par la CNS et maintenir l’ordre avant, pendant et après les élections législatives et présidentielles de la quatrième république. Une force qui allait être dotée de logistique et équipements militaires puissants pour mater les escadrons de la mort d’Eyadema et les soi-disant « incontrôlés ».

    Hélas, la France mafieuse, Eyadema et ses fidèles qui symbolisaient la terreur et la mort, entre autres les Lt-colonel Yoma Djoua, le capitaine Kuma Biténéwé, le capitaine Tchitchikpina n’ont jamais laissé le temps à cette FSP de voir le jour.

    Beaucoup de militaires exécutés après le coup de force du 25 mars 1993, figurait sur cette liste de militaires démocrates. L’un des éléments clé de cette liste serait le feu lieutenant Vincent Tokofaï, (stratège et bête noire du régime) assassiné par les escadrons de la mort d’Eyadema à Accra au Ghana. Le général Améyi serait au courant de cette liste sans en avoir parlé au dictateur Eyadema. Le général Améyi aurait eu des états d’âme à propos de la véritable mission de l’armée au cours du processus démocratique. Quant au colonel Akpo, il était très humain et s’opposait à la répression et aux massacres de la population. Autrement dit, ces trois plus importants officiers supérieurs des FAT, dérangeaient.

    Colonel Gnandi AKPO assassiné le 25 mars 1993
    Colonel Gnandi AKPO assassiné le 25 mars 1993

    Il est regrettable qu’au Togo, jamais aucune enquête à caractère politique n’ait été ouverte pour révéler toute la vérité au peuple dès lors qu’elle risquait de mettre à nu le régime de fait. Et lorsqu’une enquête est prétendument ouverte pour apaiser la communauté internationale, elle n’aboutit jamais ou on « n’oublie » de la poursuivre tout simplement.

    Les assassinats de Soudou (Marc Atidépé), de Tavio Amorin, de Gaston Edeh et de centaines d’anonymes, la disparition de David Bruce et des membres de la famille Essiba, enlevés par des militaires, selon Amnistie Internationale, les militants des partis de l’opposition, les multiples coups de force sanglants contre la transition démocratique, la prise d’otages du Haut Conseil de la République par des militaires, les massacres des 25 et 30 janvier 1993 perpétrés par les FAT sont autant d’exemples accablants qui condamnent l’impunité des assassins. Toutes les tentatives de l’Union Interparlementaire pour que soient jugés les assassins des parlementaires Tavio Amorin, Gaston Edeh et Marc Atidépé sont demeurées vaines jusqu’à ce jour.

    Quelle crédibilité accorder dans ces conditions à un régime cinquantenaire qui n’a pas la volonté de châtier les violateurs des droits humains qui lui sont proches? Aucune justice ne saurait se fonder sur l’iniquité ou l’inféodation de la justice au pouvoir. Que dire du grand courage des juges toujours prompts à embastiller les journalistes et les opposants mais qui restent indifférents face aux criminels proches du pouvoir, qui sont connus des Togolais?

    Vingt sept ans après la mort de Améyi, Tépé et Akpo, les Togolais ont le droit de savoir ce qui s’est exactement passé ce jour du 25 mars 1993.Trop de mystères engendrent toujours les rumeurs les plus folles. Le coup de force du 25 mars 1993 a été la réplique de l’opposition armée au début de génocide perpétré contre les Loméens par des militaires tribalistes et antidémocrates.

    Les Togolais ont le droit de connaître la vérité, toute la vérité sur cet épisode barbare de la résistance de la dictature militaire au changement démocratique. Le drame, c’est que les enquêtes sont généralement enterrées avant d’être ouvertes. C’est dire que seul le départ de Faure et une alternance du pouvoir à travers des élections libres, transparentes, équitables et démocratiques ainsi que l’avènement d’un véritable État de droit, permettra de connaître toute la vérité sur l’assassinat de ses officiers.

    Le Togo dans ce 21ème siècle doit passer nécessairement par une ère de lumière, de justice, de transparence et de vérité.

    Eric Georges Anani Lawson

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