Ils se présentent en sauveurs, parlent au nom de la science politique, jurent par la stabilité et la paix civile. À les écouter, le Togo serait leur cabinet privé, la nation un patient docile, et le pouvoir un art thérapeutique réservé aux initiés. Mais à la barre de l’histoire, ce ne seront pas des médecins de la République que l’on verra comparaître: ce seront des charlatans, des rebouteux cupides, des trafiquants de remèdes frelatés qui ont fait de l’État une clinique clandestine.
Depuis des décennies, le pays est soumis à des expérimentations hasardeuses. On promet des guérisons miracles, croissance, réformes, réconciliation et l’on administre, en réalité, des potions toxiques: endettement opaque, réformes cosmétiques, élections sous anesthésie, justice à géométrie variable. Le peuple souffre, saigne, s’épuise. Les praticiens, eux, prospèrent, se partagent les honoraires, s’érigent en notables intouchables.
Ces rebouteux du pouvoir savent parler. Ils manient le jargon, citent la Constitution quand elle les arrange, invoquent la souveraineté pour masquer l’arbitraire. Leur spécialité? Remettre en place un membre cassé sans jamais soigner la fracture. Réprimer au lieu de réparer, acheter le silence au lieu de rendre des comptes. Et lorsque la douleur devient insupportable, ils prescrivent l’oubli, la peur ou l’exil.
À la barre, les faits s’accumuleront. Les finances publiques, traitées comme un coffre personnel, dettes contractées sans pédagogie ni contrôle citoyen, projets vitrines sans retombées durables, budgets dévorés par la rente. Les institutions, transformées en accessoires thérapeutiques: une Cour constitutionnelle qui valide l’ordonnance avant le diagnostic, une CENI qui annonce la guérison avant l’examen, une armée convoquée comme sédatif politique. La parole publique, dévaluée, promesses répétées, jamais tenues, slogans recyclés, concertations mises en scène.
Ces charlatans manipulent, bricolent, ne soignent pas. Ils entretiennent la maladie, car une société malade se tient tranquille, dépendante, reconnaissante au moindre placebo. Leur morale est simple, durer, accumuler, transmettre le cabinet de père en fils, d’allié en allié.
Mais l’histoire n’est pas un dispensaire privé. La barre n’est pas un décor. Et le peuple n’est pas un cobaye éternel. À mesure que les faux remèdes échouent, la lucidité progresse. Les diagnostics citoyens se multiplient. Les dossiers s’ouvrent et les responsabilités se nomment.
Il est temps de révoquer ces praticiens de fortune, de reprendre la médecine publique de la chose commune. La transparence des comptes, l’indépendance réelle des institutions, les élections crédibles, la justice qui soigne au lieu de cautériser. Le Togo n’a pas besoin de gourous ni d’herboristes du pouvoir. Il a besoin de serviteurs responsables, d’architectes du droit, des citoyens de la République qui acceptent le contrôle, la contradiction, et la fin de l’impunité.
À la barre donc! Et que les charlatans répondent. Le peuple, lui, ne veut plus acheter leurs remèdes.
Julie Kamefeï


