AccueilOpinionsOpinionAfrique: la République des intouchables?

Afrique: la République des intouchables?

Dans certains palais présidentiels du continent, les rideaux sont lourds, les tapis épais, et les consciences étonnamment légères. À l’extérieur, les discours officiels parlent de «démocratie», de «stabilité» et de « valeurs africaines». À l’intérieur, on cultive surtout l’art de l’impunité, avec une discipline et une régularité qui feraient pâlir d’envie les plus zélés des fonctionnaires.

Il existe en effet une catégorie bien particulière de dirigeants. Ceux qui ont compris très tôt que le pouvoir absolu ne sert pas seulement à gouverner, mais aussi à se placer au-dessus de toute morale, de toute loi… et parfois même de toute décence humaine. Dans ces régimes-là, la justice est un drôle d’animal. Elle est censée surveiller, juger, condamner. Mais elle a un défaut majeur: elle dort dans la poche du chef. On la sort pour effrayer les opposants, les journalistes ou les étudiants trop bruyants. Mais quand il s’agit de regarder du côté du palais présidentiel, soudain, la justice devient myope, sourde et muette.

Ainsi naît une étrange aristocratie politique. Des hommes qui se présentent comme des pères de la nation, mais qui se comportent comme des propriétaires du pays, et parfois, tragiquement, comme des propriétaires des corps des femmes. La logique est simple et brutale. Quand on contrôle l’armée, la police, les tribunaux et les élections, pourquoi s’embarrasser de scrupules? Pourquoi craindre une plainte, une enquête, un procès ? Après tout, le juge reçoit ses ordres du même bureau que le ministre de l’Intérieur et de celui de la Justice. Dans ces républiques de carton-pâte, les institutions ressemblent à un décor de théâtre. Les constitutions sont modifiées comme des règlements de copropriété. Les élections sont organisées comme des anniversaires surprises où la finalité de la fête est connue avant même que les invités arrivent.

Et pendant ce temps, le peuple observe, observe les cortèges de voitures blindées, les palais qui s’agrandissent, les fortunes qui fleurissent mystérieusement, et les scandales qui disparaissent plus vite que les promesses de campagne. Le plus ironique dans cette comédie tragique, c’est que ces mêmes dirigeants adorent prononcer de longs discours sur la moralité, la tradition et la dignité africaine. Ils parlent de « protéger la famille », de «préserver la culture», de «défendre les valeurs». On pourrait presque applaudir… si l’on n’entendait pas, derrière les murs du pouvoir, l’écho de tant d’abus, de silences forcés et de peurs soigneusement entretenues. Car l’impunité n’est pas seulement un système politique, c’est une maladie morale qui transforme les chefs en seigneurs féodaux et les institutions en simples accessoires de pouvoir.

Mais l’histoire a une fâcheuse habitude qui finit toujours par demander des comptes. Ce jour-là, les palais cessent d’être des forteresses et deviennent des ruines et les symboles se fissurent. Et ceux qui se croyaient inatteignables découvrent que le temps, lui, n’obéit à aucun décret. Car il est une justice que l’on peut retarder, contourner, manipuler, mais il en est une autre, plus lente, plus profonde, plus implacable qui n’est autre que celle de la mémoire collective. Et lorsque ce jour arrive, les dictateurs découvrent souvent trop tard une vérité très simple, celle de se croire longtemps au-dessus de la justice… mais on ne l’est jamais vraiment.

Julie Kamefeï
DjaleleNews

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