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    Ces aventuriers qui conduisent le Togo à la dernière aventure

    Le Togo est devenu le terrain de jeu d’aventuriers politiques sans scrupules, sans imagination, sans horizon, qui avancent à tâtons dans l’obscurité tout en exigeant des citoyens qu’ils applaudissent. C’est un pouvoir sans souffle, sans légitimité, mais bardé de certitudes arrogantes et de certitudes armées.

    Ces hommes, car ce sont presque toujours les mêmes, ne croient ni au pays ni à son avenir. Ils croient au pouvoir pour le pouvoir, à la durée pour la durée, à la force comme dernier argument. Leur projet n’est pas national, mais personnel et clanique. Leur idéologie tient en une phrase: tenir, coûte que coûte. Peu importe les fractures sociales, l’exil massif de la jeunesse, l’asphyxie économique, l’humiliation quotidienne infligée à la population. Tant que la citadelle tient, le reste peut s’effondrer.

    Ils gouvernent comme on joue à la roulette russe avec une nation entière. Sans mandat moral, sans vision historique, sans autre boussole que la survie d’un système à bout de souffle, ces aventuriers du pouvoir ont transformé le Togo en laboratoire d’improvisations dangereuses. Chaque décision est un pari, chaque silence une fuite, chaque réforme un leurre. Le pays avance, non pas guidé, mais poussé vers l’inconnu, comme un troupeau mené par des chefs aveugles.

    Ce ne sont pas des bâtisseurs d’État, encore moins des hommes de progrès. Ce sont des gestionnaires de crise permanente, des pompiers pyromanes qui allument l’incendie avant de prétendre l’éteindre. Ils confondent gouverner et durer, autorité et brutalité, stabilité et paralysie. À force de verrouiller le débat public, d’asphyxier les libertés et de criminaliser toute voix dissonante, ils ont vidé la République de sa substance pour n’en conserver que la carcasse.

    Autour d’eux gravite une cour d’intellectuels alimentaires, de pseudo-experts de plateaux, de clercs en solde, chargés de maquiller l’aventure en stratégie, l’impasse en vision, la résignation en patriotisme. Pendant ce temps, la jeunesse s’exile, l’économie survit sous perfusion, la confiance nationale s’effondre. Le pays ne se projette pas. Il attend, endure, encaisse. Gouverner ainsi, ce n’est plus diriger un État, c’est organiser une lente dérive collective, en espérant ne pas être aux commandes lorsque le navire heurtera le récif.

    Le plus grave n’est pas leur cynisme, mais leur irresponsabilité historique. Ces aventuriers jouent avec le feu social, dans une région déjà travaillée par les colères, les ruptures, les implosions soudaines. Ils observent le monde s’embraser ailleurs, mais s’imaginent immunisés par l’habitude de la peur. Ils prennent le silence pour de la soumission, la patience pour de la faiblesse, la retenue pour de la lâcheté. Erreur classique des régimes finissants, confondre l’absence de bruit avec l’absence de rage.

    Car c’est bien de cela qu’il s’agit, la dernière aventure. Celle où l’on pousse trop loin le mépris, trop loin l’arrogance, trop loin le déni. Celle où l’on croit que le Togo est condamné à l’éternel recommencement, à l’éternelle confiscation, à l’éternelle peur. L’histoire pourtant est formelle. Aucune aventure de ce genre ne se termine bien pour ses apprentis sorciers. C’est une aventure périlleuse, non pour le peuple, qui a appris à survivre à tout, mais pour ceux qui s’y accrochent encore, persuadés qu’ils sont indéboulonnables.

    Car toute aventure autoritaire finit par rencontrer ses limites. L’histoire africaine, mondiale, est formelle. On peut retarder l’échéance, jamais l’annuler. À force de refuser l’alternance, on prépare la rupture. À force de mépriser les aspirations populaires, on creuse le fossé. À force de gouverner contre le peuple, on gouverne bientôt sans lui. On peut confisquer le pouvoir longtemps, mais on ne confisque jamais indéfiniment l’avenir d’un peuple.

    La dernière aventure, c’est persister dans cette confiscation intégrale en croyant qu’elle est durable. C’est oublier que les institutions, même capturées, ne peuvent éternellement contenir un peuple tenu à l’écart de son propre destin. Aucun appareil sécuritaire, aucune justice docile, aucun scrutin verrouillé ne remplace indéfiniment la légitimité.

    Quand le contrôle devient l’unique projet politique, il finit toujours par échouer, parce qu’un peuple n’est pas un dispositif, et qu’une nation n’est pas une propriété privée.

    Anani Ahoévi

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