Tandis que les peuples africains aspirent à la liberté, à la justice et à la dignité, une caste d’élites bien nourries vend leur conscience au plus offrant, en échange de privilèges aussi honteux qu’éphémères. Ces élites, qu’elles soient politiques, économiques, religieuses ou intellectuelles, ont depuis longtemps choisi leur camp: celui de l’oppression, de la compromission, de la trahison.
Ils sont les gardiens volontaires de la servitude. Ils portent des costumes taillés sur mesure, paradent dans des colloques internationaux, parlent de « paix », de « développement » ou de « résilience démocratique », pendant que leurs peuples crèvent dans le silence et l’humiliation. Ces élites africaines ne sont pas les victimes des dictatures. Elles en sont les architectes volontaires, les complices zélés, les bénéficiaires honteux. Elles ne sont pas les victimes du système. Elles en sont les piliers.
Elles se prostituent idéologiquement, politiquement, moralement. Elles applaudissent des régimes qui assassinent, torturent, volent et affament. Pourquoi? Parce que leur confort personnel passe avant l’intérêt général. Parce qu’elles ont peur de perdre leurs privilèges, leurs contrats publics, leurs postes honorifiques, leur accès au chef.
Ce sont des intellectuels complices, des religieux silencieux, des politiciens soumis. Parmi eux on retrouve des enseignants et chercheurs d’université, qui rédigent des rapports et légitiment les fraudes électorales. Les chefs religieux bénissent les dictateurs et appellent à « prier pour leur longévité au pouvoir voire à la tête du pays ». Certains artistes médiocres chantent les louanges des bourreaux, tandis que les politiciens d’opposition se rallient au pouvoir, la main tendue pour un poste ou une valise.
Ils savent que le peuple souffre. Ils savent que les droits sont bafoués, que les opposants croupissent dans des prisons, que les jeunes fuient par milliers. Mais ces individus restent insensibles et indifférents à ces tragédies. Leur loyauté ne va ni à la vérité, ni à la justice, ni à la nation. Elle va à leur ventre.
L’Afrique ne manque pas de talents, ni de richesses, mais de courage au sommet. Trop de cadres, de ministres, de directeurs, de chefs traditionnels ont choisi de se taire quand ils devraient parler, de collaborer quand ils devraient résister, de s’agenouiller quand ils devraient se lever.
Cette génération d’élites corrompues et de traîtres est une plaie. Elle empêche la naissance d’un vrai renouveau politique. Elle bloque les réformes, sabote les insurrections citoyennes, et dénonce comme « terroristes » ou « agents de l’Occident » ceux qui osent contester l’ordre établi.
Il est temps de les nommer, de les exposer, de les juger devant l’histoire. L’Afrique ne se libérera pas tant qu’elle ne se débarrassera pas de ces faux patriotes, ces traîtres habillés en technocrates, ces vendeurs d’illusions qui bradent l’avenir des nations pour un poste de ministre ou un contrat juteux.
Il ne suffit plus de dénoncer les dictatures. Il faut aussi dénoncer leurs alliés, leurs larbins, leurs griots. Il faut une rupture morale, une insurrection éthique. L’Afrique mérite mieux que cette élite servile, obsédée par le luxe et aveugle à la souffrance.
Car ceux qui pactisent avec les dictateurs ont fait en toute liberté et conscience, leur choix.
Ils sont complices.
Dela Avoussou


