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Des dirigeants extrêmement inquiétants

Au Togo, la mauvaise gouvernance n’est pas un concept abstrait discuté dans des colloques climatisés. Elle se vit chaque matin, dans chaque quartier, sur chaque marché, dans chaque service public. Elle a un visage, une odeur, un coût immédiat. Elle se manifeste quand le citoyen ordinaire se lève tôt, travaille dur, et rentre tard sans jamais sortir de la survie.

La vie chère est comme de la violence quotidienne. À Lomé, le prix du maïs, de l’huile, du riz ou du carburant augmente sans explication crédible. Les salaires stagnent, les revenus informels s’épuisent, mais les taxes et tracasseries prolifèrent. La vendeuse de tomates au marché de Hédzranawoé ne parle pas de “politique économique”, elle parle de marmites vides. Pendant ce temps, ceux qui gouvernent vivent hors sol, protégés des réalités qu’ils imposent. Ils ne prennent pas les taxis-motos, ne fréquentent pas les hôpitaux publics, n’inscrivent pas leurs enfants dans les écoles délabrées qu’ils inaugurent en fanfare.

L’administration est devenue une machine à humilier. Le Togolais connaît le parcours du combattant. L’extrait de naissance, la carte d’identité, permis, les concours, les soins médicaux, etc. Sans « quelque chose », rien n’avance. Le pot-de-vin est devenu une formalité officieuse, un péage normalisé. Cette corruption de proximité n’est pas née toute seule. Elle descend du sommet. Quand le citoyen voit des milliards disparaître sans conséquence, pourquoi le petit fonctionnaire se gênerait-il pour exiger 2.000 francs CFA au guichet?

Le pillage visible est insultant, avilissant, honteux. Les routes sont défoncées mais les budgets « réhabilités ». Les centres de santé manquent de tout, mais les lignes budgétaires existent. Les projets agricoles sont annoncés à la radio, mais le paysan de Kpalimé ou de Sotouboua n’a jamais vu l’ombre d’un appui réel. Le détournement n’est pas discret mais ostentatoire et systémique. Villas flambant neuves, 4×4 rutilants, cérémonies fastueuses. On ne lui explique plus, on l’insulte même. Le peuple, lui, observe en silence et réfléchit à la prochaine révolution qui raser le régime.

Le corps des faibles est livré à l’impunité. Dans les quartiers populaires, beaucoup savent mais peu parlent. Des jeunes filles contraintes au silence après des abus. Des femmes sommées de « coopérer » pour garder un emploi, obtenir un contrat ou éviter des représailles. Le viol, le chantage sexuel, l’exploitation des vulnérables prospèrent dans l’ombre du pouvoir. Quand l’agresseur est « quelqu’un », la victime devient le problème, la honte change de camp et la justice se tait. Au Togo, on apprend très tôt à se taire. À la maison, au travail, sur les réseaux sociaux. On évite certains sujets dans les taxis. On baisse la voix dans les bars. On sait que parler peut coûter un emploi, une liberté, une tranquillité. Le pouvoir ne cherche pas l’adhésion, il entretient la résignation. Il ne convainc pas, il intimide. Les mêmes dirigeants qui parlent de valeurs, de tradition et de famille mènent une vie de débauche protégée. Discours pieux le matin, excès le soir. Sermons publics, immoralité privée. Cette duplicité permanente a contaminé toute la société. Pourquoi respecter la règle quand ceux qui l’imposent la violent sans vergogne?

Ce qui révolte le plus le Togolais ordinaire, ce n’est pas seulement la pauvreté, mais le mépris. Le sentiment d’être invisible, d’être gouverné par des gens qui n’écoutent pas, ne s’excusent jamais, ne rendent jamais de comptes. Le citoyen devient un figurant dans son propre pays. Le drame togolais n’est pas un manque d’intelligence, de courage ou de ressources. C’est un système qui récompense la prédation et punit la dignité. Un système où l’État est une proie et le peuple, un décor. Tant que les dirigeants vivront dans l’impunité pendant que le peuple vit dans l’angoisse quotidienne, le Togo ne connaîtra ni paix véritable, ni développement réel. Un pays ne meurt pas seulement quand il est pauvre, il meurt quand ceux qui le dirigent n’ont plus honte.

Anani Ahoévi

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