Vingt ans après son arrivée au pouvoir dans la douleur et la violence, le président Faure Gnassingbé incarne aujourd’hui l’échec total d’un projet politique mort-né. Loin des promesses de réconciliation, de développement et de modernisation, sa gouvernance s’est illustrée par une dérive autoritaire, un immobilisme économique inquiétant et une rupture profonde avec le peuple togolais. Faure Gnassingbé a tout raté politiquement et il est temps de le dire sans détour.
L’histoire retiendra que Faure n’a pas été élu mais imposé. En 2005, dans la foulée de la mort de son père, il accède au pouvoir grâce à un coup de force militaire et institutionnel. Les élections organisées dans la foulée sont entachées de fraudes massives et de violences d’une brutalité inouïe. On comptera des centaines de morts, des milliers de blessés et des dizaines de milliers de réfugiés. Ce bain de sang restera comme l’acte fondateur d’un règne marqué par la peur et la répression.
Depuis, rien n’a changé ou plutôt tout s’est aggravé. Le multipartisme est réduit à un théâtre d’ombres. Les institutions sont aux ordres. La CENI, la Cour constitutionnelle, le Parlement ne sont que des prolongements du pouvoir exécutif. La Constitution a été retouchée au gré des intérêts du régime, notamment pour permettre à Faure de s’éterniser au pouvoir. Les contre-pouvoirs sont neutralisés, les manifestations pacifiques réprimées, les voix dissidentes bâillonnées.
En deux décennies, Faure Gnassingbé n’a posé aucun acte structurant pour le progrès du Togo. Les infrastructures sont délabrées, les hôpitaux manquent de tout, les écoles tombent en ruine. Le chômage des jeunes est une bombe à retardement. La corruption est endémique et les scandales économiques ne manquent pas. Pendant ce temps, une petite élite liée au pouvoir s’enrichit sur le dos d’une population abandonnée.
Faure gouverne dans une logique de contrôle et de répression. Les services de sécurité sont utilisés pour surveiller, harceler, arrêter. Des journalistes sont emprisonnés, des opposants portés disparus, des citoyens torturés pour leurs idées. Le Togo est devenu un État policier où l’expression libre est un acte de bravoure.
Faure Gnassingbé n’a pas seulement perdu la confiance de son peuple. Il a aussi terni l’image du Togo à l’étranger. Le pays est marginalisé dans les grandes dynamiques régionales et n’occupe aucun rôle d’influence en Afrique de l’Ouest. Soutenu au début par la France colonialiste et certains réseaux transafricains, il n’est aujourd’hui perçu que comme un autocrate de plus dans une sous-région en mutation.
Il ne suffit plus de constater l’échec. Il faut en tirer les conséquences. Faure Gnassingbé a eu toutes les cartes en main pour transformer le pays. Il a préféré verrouiller, réprimer, s’accrocher. Ce régime est à bout de souffle. Ce système est une impasse. L’heure est venue de penser à l’après. Et cela passe par le courage de dire, haut et fort: Faure, dégage!
Anani Ahoévi


