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Hommage et devoir de mémoire au grand combattant de la liberté, Tavio Ayao Amorin

« Les hommes passent, les idées demeurent. Et lorsque les idées sont nourries par le courage et le sacrifice, elles deviennent immortelles».

Le 23 juillet n’est pas une date comme les autres dans l’histoire contemporaine du Togo. C’est un jour de recueillement, de mémoire, mais aussi de réflexion. Il rappelle à chaque Togolais qu’il existe des hommes dont la vie dépasse leur propre existence parce qu’ils ont choisi de consacrer leur intelligence, leur énergie et leur jeunesse à la défense d’un idéal supérieur: la liberté.

Il y a trente-quatre ans, le Togo perdait l’un de ses fils les plus brillants. Tavio Ayao Amorin tombait sous les balles d’un système qui redoutait davantage les idées que les armes. Il n’avait que trente-trois ans. Son assassinat n’était pas seulement celui d’un homme. C’était une tentative d’étouffer une espérance naissante, de briser l’élan démocratique d’un peuple qui aspirait enfin à reprendre son destin en main. Mais l’histoire enseigne une vérité universelle, celle qu’on peut assassiner un homme, jamais une idée. Tavio Amorin appartenait à cette génération d’intellectuels africains qui avaient compris que le véritable combat ne consistait pas à remplacer un dirigeant par un autre, mais à transformer profondément les rapports entre l’État et les citoyens. Informaticien de formation, il aurait pu mener une carrière confortable loin des turbulences politiques. Il choisit pourtant une voie infiniment plus difficile: celle du combat civique.

À une époque où beaucoup préféraient le silence par peur des représailles, il choisit la parole. À une époque où la prudence était devenue une stratégie de survie, il choisit le courage. Lors de la Conférence nationale souveraine, il fit partie de ces rares personnalités qui osèrent appeler les choses par leur nom sans complaisance et sans violence, mais avec une détermination inébranlable. Sa parole dérangeait parce qu’elle reposait sur la vérité. Et pour le régime du despote Eyadema et son clan, la vérité constitue souvent le plus grand des dangers. Cependant, limiter Tavio Amorin au seul combat togolais serait une erreur historique. Son horizon dépassait largement les frontières de son pays. Comme Thomas Sankara, dont il partageait les convictions panafricanistes, il croyait qu’aucune nation africaine ne pourrait véritablement se développer dans l’isolement.

Pour lui, la démocratie n’était pas un simple changement institutionnel. Elle devait s’accompagner de justice sociale, de dignité, d’indépendance économique et d’émancipation intellectuelle. Son engagement n’était donc pas motivé par une ambition personnelle, il servait une idée. Et les hommes qui servent une idée plutôt que leur intérêt personnel, deviennent souvent les plus difficiles à faire taire. Le 23 juillet 1992, des criminels à la solde du régime décidèrent pourtant de faire parler les armes. Les balles mirent fin à une vie mais ne réussirent pas à faire disparaître une pensée. Plus de trois décennies plus tard, une question demeure suspendue dans la conscience nationale. Où est la justice? Les éléments de l’époque, les preuves irréfutables, les témoignages et les accusations n’ont jamais débouché sur des arrestations et des condamnations. Le silence institutionnel est venu s’ajouter à la douleur des proches et l’impunité est devenue une seconde blessure. Or, une nation qui refuse de regarder son histoire en face condamne souvent les générations futures à revivre les mêmes tragédies. Le devoir de mémoire n’est pas un exercice de nostalgie.

Il constitue une exigence morale. Se souvenir de Tavio Amorin, ce n’est pas seulement évoquer un martyr de la démocratie. C’est rappeler aux jeunes générations, qu’il existe des valeurs qui valent davantage qu’une carrière, qu’un confort matériel ou qu’une existence sans risques. La liberté, la dignité, la justice et le courage, sont des valeurs qui ont un prix. Certains les ont payées de leur liberté, d’autres de leur exil. Comme encore d’autres, Tavio Amorin les a payées de sa vie. Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes Togolais n’ont connu Tavio Amorin qu’à travers quelques photographies, quelques discours ou quelques récits transmis par leurs aînés. Il appartient désormais à cette jeunesse de faire vivre son héritage par la fidélité aux principes qu’il incarnait. Le plus bel hommage que l’on puisse rendre à Tavio Amorin n’est pas seulement de prononcer son nom chaque 23 juillet. C’est de poursuivre, avec responsabilité, intelligence et courage, le combat contre toutes les formes d’injustice, d’arbitraire et de résignation.

Car une démocratie véritable ne se construit ni dans l’oubli ni dans la peur mais grâce à des citoyens qui refusent de renoncer à leurs droits et à leur dignité. Trente-quatre ans après son assassinat, Tavio Ayao Amorin demeure une conscience vivante de la nation togolaise. Son absence continue d’interroger notre présent et son parcours d’inspirer notre avenir. Son sacrifice rappelle qu’aucune dictature n’est éternelle et qu’aucun pouvoir ne peut durablement étouffer la volonté d’un peuple déterminé à vivre libre. À lui, la reconnaissance de toute une nation. À sa mémoire, notre profond respect. Et à la jeunesse togolaise revient désormais cette responsabilité historique, de faire en sorte que le rêve de liberté, de justice et de dignité pour lequel Tavio Ayao Amorin a donné sa vie, ne meure jamais.

Repose en paix, Tavio Ayao Amorin. Ton nom appartient désormais au patrimoine moral et politique du Togo. Ton combat, lui, appartient à l’avenir.

Eric Georges Anani Lawson

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