AccueilOpinionsTribuneInondation, dévastation, sinistre: l’inaction et l'indifférence monstrueuse des dirigeants

Inondation, dévastation, sinistre: l’inaction et l’indifférence monstrueuse des dirigeants

Il pleut au Togo. Comme chaque année, le ciel ouvre ses vannes, les rivières débordent, les caniveaux cèdent, les routes disparaissent sous les eaux, les maisons s’écroulent et des milliers de citoyens voient leur quotidien englouti. Les images sont insoutenables: des enfants pataugeant dans des eaux insalubres, des familles réfugiées sur les toits de leurs habitations, des vieillards évacués à bout de bras, des femmes contemplant, impuissantes, les ruines de toute une vie.

La pluie tombe sur tous. Mais le malheur, lui, ne frappe que les plus pauvres. Au Togo, les inondations ne sont plus une fatalité naturelle; elles sont devenues le symbole d’une faillite politique. Car si l’on ne peut empêcher la pluie de tomber, il est du devoir des gouvernants d’empêcher qu’elle ne se transforme, année après année, en tragédie nationale.

À chaque saison des pluies, le Togo semble condamné à revivre le même scénario dramatique. Les pluies diluviennes s’abattent sur plusieurs localités, les quartiers sont submergés, les maisons s’effondrent, les routes deviennent impraticables, les cultures sont ravagées et des familles entières se retrouvent du jour au lendemain sans toit, sans biens et parfois même sans les êtres qui leur étaient les plus chers. Le plus tragique n’est pourtant pas la pluie qui est un phénomène naturel. Ce qui est insupportable, c’est l’indifférence presque institutionnalisée de ceux qui ont la responsabilité de protéger les populations.

Une catastrophe naturelle ne devient un drame humain que lorsque les autorités refusent d’anticiper, de prévenir et d’agir. Or, au Togo, année après année, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les caniveaux sont obstrués ou inexistants, les réseaux d’évacuation des eaux sont insuffisants, l’urbanisation est anarchique, les zones inondables continuent d’être occupées sans véritable politique d’aménagement du territoire, tandis que les investissements dans les infrastructures essentielles restent largement insuffisants.

Les victimes, elles, ne demandent pourtant pas des miracles. Elles réclament simplement ce qui devrait être la mission fondamentale de tout État: garantir la sécurité des citoyens et protéger leurs biens. À chaque catastrophe, le discours officiel est presque identique. Des communiqués sont publiés, quelques visites médiatiques sont organisées devant les caméras. des promesses d’assistance sont faites. Puis le silence retombe. Les sinistrés restent seuls face à leur détresse.

Les commerçants perdent le fruit de plusieurs années de travail. Les agriculteurs voient leurs récoltes disparaître sous les eaux. Les familles s’endettent pour reconstruire ce qui peut encore l’être. Combien de saisons des pluies faudra-t-il encore pour que les dirigeants comprennent que gouverner ne consiste pas uniquement à inaugurer des bâtiments ou à prononcer des discours? Gouverner, c’est prévoir, c’est protéger, c’est investir dans des ouvrages capables de sauver des vies avant que les catastrophes ne surviennent.

L’indifférence devient d’autant plus choquante lorsqu’on observe le contraste entre les difficultés quotidiennes de la population et le train de vie insolent de certains responsables publics. Pendant que des Togolais dorment dans des écoles ou sous des bâches après avoir tout perdu, les préoccupations des dirigeants corrompus jusqu’à leurs petits caleçons, semblent parfois bien éloignées des réalités vécues par les populations. La répétition des inondations révèle également un problème plus profond: celui de la gouvernance publique. Une catastrophe exceptionnelle peut être comprise, mais quand elle se répète chaque année, cela traduit une absence de planification ou une incapacité persistante à mettre en œuvre des solutions durables.

Le changement climatique accentue certes les épisodes météorologiques extrêmes. Mais il ne peut servir d’alibi permanent. D’autres pays confrontés aux mêmes défis investissent dans les systèmes de drainage, la prévention des risques, les plans d’urgence, l’entretien des ouvrages hydrauliques, les mécanismes d’alerte précoce et l’accompagnement des populations vulnérables. Pourquoi le Togo resterait-il prisonnier d’un cycle infernal où chaque pluie importante se transforme en catastrophe nationale?

Les Togolais et Togolaises sont en droit d’exiger des comptes. Les ressources publiques existent pour être utilisées au service de l’intérêt général, et non pour satisfaire des intérêts particuliers et partisans. Chaque franc investi dans la prévention des catastrophes est un investissement dans la vie humaine, dans la dignité des populations et dans le développement du pays. Il est temps que les autorités considèrent enfin la gestion des inondations comme une priorité nationale et non comme un simple événement saisonnier auquel il faudrait s’habituer. Les infrastructures de drainage doivent être modernisées, les zones à risque identifiées et sécurisées, les constructions anarchiques combattues avec justice et transparence, et les collectivités locales dotées des moyens nécessaires pour intervenir rapidement.

La compassion ne doit pas être seulement un mot prononcé devant les caméras. Elle doit se traduire par des politiques publiques efficaces, des investissements durables et une véritable volonté politique. Car derrière chaque maison emportée par les eaux, se cache une histoire. Derrière chaque famille sinistrée se trouvent des années de sacrifices réduites à néant en quelques heures et derrière chaque enfant qui regarde ses cahiers flotter dans une cour inondée se dessine un avenir fragilisé.

Le peuple togolais mérite mieux que des réactions tardives et des promesses répétées. Il mérite des dirigeants capables de transformer les leçons des catastrophes en actions concrètes. Lorsque les pluies cessent, les eaux finissent toujours par se retirer. Mais elles laissent derrière elles les ruines, les blessures et les questions. La plus importante demeure celle-ci: combien de drames faudra-t-il encore avant que la protection des Togolais devienne enfin une véritable priorité de l’État?

Une nation ne se juge pas seulement à la hauteur de ses discours, mais à la manière dont elle protège les plus vulnérables lorsque surviennent les épreuves. C’est précisément dans ces moments de détresse que se mesure la responsabilité d’un pouvoir et la valeur de sa gouvernance.

Kossivi Agamah

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