Au Togo, l’opposition dite traditionnelle s’est muée, au fil des décennies, en opposition de confort, une opposition à temps partiel, qui crie le jour et négocie la nuit. Elle joue une pièce de théâtre mal répétée: indignation publique et compromission privée. Le peuple, lui, paie l’entrée à chaque représentation, mais ne voit jamais la fin de l’histoire.
Aller à la mangeoire: stratégie ou aveu? Quand cette pseudo-opposition «collabore» avec ce régime, appelons les choses par leur nom, elle va à la mangeoire et ne cherche ni la réforme ni la rupture. Elle cherche des postes pour calmer leurs ventres affamés, des primes pour acheter le silence, une existence politique légale en échange de son impuissance. C’est une opposition qui ne veut surtout pas gagner, car gagner implique des sacrifices, du courage, et surtout la fin de la rente de l’éternelle contestation. Or, contester sans jamais conquérir est devenu un modèle économique.
Le Togolais rit, oui, mais d’un rire amer. Comment ne pas rire quand les mêmes visages, battus à chaque scrutin à la même fraude, reviennent promettre «la victoire cette fois-ci»? Comment ne pas se mettre en colère quand ceux qui appelaient hier à la résistance justifient aujourd’hui leur présence au banquet du pouvoir par «l’intérêt supérieur de la nation»?
Cette opposition confond dialogue et reddition, inclusivité et soumission, responsabilité et lâcheté. C’est une opposition sous tutelle. Le régime n’a même plus besoin de la réprimer. Il l’administre, l’invite, la consulte, la récompense. Une opposition entretenue est une opposition inoffensive qui sert de décor démocratique, de caution internationale, de soupape sociale. Elle canalise la colère populaire pour mieux la neutraliser. Que veut-elle vraiment? Certainement pas le pouvoir. Elle veut rester indispensable sans être dangereuse, être contre sans jamais être contre, vivre de la politique sans la transformer.
En réalité, la pseudo-opposition togolaise ne s’oppose pas au système, elle s’y est intégrée. Elle en est devenue une annexe bruyante mais docile. Et le peuple? Il n’est pas dupe, mais il est pris en otage entre un régime sûr de lui et une opposition sûre de ses privilèges. Tant que cette opposition refusera de rompre avec la mangeoire, elle restera ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire un problème de plus, pas une solution. Au fond, la vraie question n’est plus «Que veut l’opposition»? Mais plutôt le peuple n’a-t-il pas cessé définitivement de la prendre au sérieux?
Lucien Togbénou


