Le génocide du Rwanda:1994-2024. Le cocktail détonnant est la dictature et le tribalisme.
Au moment où le Rwanda commémore, ce 7 Avril 2024, le trentième anniversaire du génocide des Tutsi, tous les pays africains doivent réfléchir au sujet de cette catastrophe politique qui a occasionné huit cent mille morts en moins de quatre mois. Aucun pays n’en est à l’abri. Tous les peuples dont les régimes sont des dictatures qui recourent, faute de soutien national et de projet de société, au tribalisme, se doivent de méditer ce qui s’est passé au Rwanda.
Point n’est besoin de s’attarder sur l’explication de la dictature ici. Le tribalisme étatique, à travers ses multiples visages hideux, est un phénomène basé sur l’injustice, le favoritisme, l’exclusion, l’apartheid et la haine. C’est la privatisation de l’État au profit dune ethnie.
L’administration, l’armée, la justice, les forces de l’ordre, l’économie à travers l’affairisme mafieux…sont les principaux rouages de cette politique criminelle. En réalité, la clique tribaliste au pouvoir se sert de l’ethnie du chef d’État comme un bouclier, un otage. C’est la pire des escroqueries politiques, car les tribalistes tarés vont répéter de village en village un discours antipatriotique qui se résume à ceci: « Si nous, vos frères, vous ne nous soutenez pas, si les autres ethnies prennent le pouvoir, c’en est fini pour vous, car vous serez tous chassés de l’administration, de l’armée, exclus du monde des affaires, emprisonnés, et pire, on vous massacrera ou vous serez chassés du pays.
Votre seule garantie consiste à soutenir votre grand frère, le président. Sans lui vous êtes foutus, vous n’êtes rien, des zéros. C’est lui ou votre mort. » Ce genre de propos débiles, à force d’être déversé dans les oreilles de pauvres paysans ignorants, finit par faire partie de leur imaginaire en ciblant les autres comme des ennemis de l’ethnie du président.
Et s’installe la confusion stupide entre président et ethnie. L’ethnie, c’est le président; le président, c’est l’ethnie. Confusion paradoxale, car, dans la triste réalité, seule une poignée de voleurs de l’ethnie du président s’engraisse au détriment de tous les citoyens. Quelques bandits d’autres ethnies sont associés au pillage pour donner le change. Les voleurs de la république sont pour l’essentiel issus de la famille du président. Tribalisme et népotisme sont inséparables.
Partout en Afrique où sévit le tribalisme politique, la misère est la même dans toutes les ethnies. C’est cela l’escroquerie, la manipulation. Et les gens bernés, devenus lucides, se posent, avec amertume, la question: « Qu’avons-nous gagné avec nos frères au pouvoir? » Le danger de cette politique fasciste est que, dans l’imaginaire des autres ethnies, l’ethnie présidentielle devienne le bouc émissaire idéal.
Au Rwanda, c’est l’incompétence, la médiocrité des dirigeants tribalistes qui les ont poussés à faire des Tutsi des boucs émissaires à massacrer, comme si leur génocide allait faire du pays, pour l’ethnie présidentielle, seule au monde, un paradis sur terre.
La leçon à tirer de toutes les dictatures tribalistes, est l’exigence du pluralisme politique, de l’esprit critique, de l’état de droit. C’est la zombification dune partie du peuple qui rend possible ces aberrations, lesquelles effacent notre humanité qui est une conquête de tous les jours sur la barbarie.
Ayayi Togoata APÉDO-AMAH


