Pendant que le Togolais se débat avec la vie chère, le chômage et les hôpitaux délabrés, on lui sert un sommet panafricain à grand renfort de millions. Avions, hôtels de luxe, cortèges, per diem, communication tapageuse… tout ça payé par le contribuable. Le sommet du 8 décembre à Lomé n’a rien d’un acte de panafricanisme. C’est une vitrine coûteuse pour une population à bout de souffle.
Le panafricanisme n’est pas un décor de théâtre où un costume que l’on enfile pour masquer la dictature. Pourtant, à Lomé, certains s’y prêtent sans pudeur. En servant de figurants idéologiques au pouvoir de Faure Gnassingbé, ces faux panafricanistes trahissent l’essence même du combat qu’ils prétendent incarner.
À Lomé, on ne recycle pas seulement le discours panafricain. On le vide de sa substance, on le travestit, on le prostitue au service d’un pouvoir dont la seule constante depuis des décennies est la confiscation brutale de la souveraineté populaire. Le régime de Faure Gnassingbé ne change pas de nature mais de masque. Et ce masque, aujourd’hui, s’appelle panafricanisme. Dans les salons feutrés, sous les projecteurs, devant les caméras bien alignées, on parle d’Afrique debout, d’indépendance retrouvée, de dignité reconquise. Les mots sont grands. L’imposture l’est encore plus. Car pendant que l’on déclame des slogans de libération continentale, le peuple togolais, lui, reste bâillonné, frappé, traqué, brisé à chaque tentative de soulèvement.
Le paradoxe est obscène. Un régime issu d’une succession dynastique imposée par la force, consolidé par la fraude électorale, maintenu par la répression, se pare aujourd’hui des habits de la libération africaine. Un pouvoir qui muselle sa presse, emprisonne ses opposants, tire sur ses manifestants, ose désormais se présenter comme laboratoire du panafricanisme moderne. À ce stade, ce n’est plus de la récupération idéologique. C’est une insulte à l’intelligence africaine. On ne peut pas célébrer Lumumba, Sankara, Nkrumah, Sylvanus Olympio ou Cabral à Lomé tout en gouvernant à l’exact opposé de leurs idéaux. On ne peut pas invoquer la souveraineté africaine quand le peuple n’est jamais souverain dans les urnes. On ne peut pas prêcher l’émancipation des peuples tout en perpétuant une monarchie républicaine déguisée en démocratie. Mais la véritable tragédie, plus grave encore que le cynisme du régime, réside dans la complicité active de certains pseudo-panafricanistes. Ils viennent de partout. Activistes autoproclamés, intellectuels de plateaux, influenceurs militants, figures médiatiques en quête de reconnaissance.
Ils débarquent à Lomé, drapés de boubous idéologiques, bardés de slogans recyclés, gonflés de grandes phrases toutes faites. À leurs lèvres: « Afrique debout », « souveraineté », « rupture », « jeunesse ». À leurs agendas: hôtels climatisés, photos officielles et per diem. La bouche pleine de discours révolutionnaires, mais les poches prêtes à être remplies et les consciences étonnamment souples. Ils savent et ne peuvent pas ne pas savoir le sang versé lors des manifestations. Ils savent que les élections sont truquées, fraudées, volées et les opposants réduits au silence. Et pourtant, ils viennent, signent, bénissent et posent quand même. C’est cela, la véritable trahison. Transformer un combat historique de libération des peuples en prestation événementielle sponsorisée par un régime autoritaire.
Le panafricanisme n’est ni un décor de conférence, ni un slogan de congrès. Ce n’est pas non plus un bal de médiocres. Le panafricanisme est né dans la douleur des chaînes, dans le sang des luttes, dans la résistance aux empires. Il est incompatible avec les dictatures, qu’elles soient coloniales ou locales. Car oui, il existe aussi un impérialisme intérieur, africain contre africain. Un impérialisme de clans contre le peuple. Un impérialisme de dynasties contre nations. Et c’est précisément ce que subit le Togo depuis plus d’un demi-siècle. Depuis près de soixante ans, le même système, la même famille, la même mascarade électorale. Le décor change, la prison reste. Le bourreau change de costume, la victime reste le peuple.
Alors quand Lomé se transforme en vitrine panafricaine, il ne s’agit pas d’un renouveau continental. Il s’agit d’une opération de blanchiment politique. Une tentative désespérée de refaire une image internationale en ruine auprès d’une jeunesse africaine de plus en plus informée, de plus en plus lucide, de plus en plus révoltée. Mais l’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle que l’on berce de slogans creux. Elle lit, compare, archive et démontre. Et elle sait reconnaître la différence entre un combat sincère et une mise en scène politique.
Le vrai panafricanisme ne serre pas la main des bourreaux pendant que leurs peuples saignent. Il commence par la liberté d’expression réelle et non négociée. Il commence par la séparation des pouvoirs et non leur concentration, par l’alternance politique et non pas la transmission dynastique, par le respect du citoyen et non pas sa domestication. Ce panafricanisme de Lomé ne libère personne. Il anesthésie, détourne la colère, maquille la domination, donne un vernis progressiste à un système archaïque. Et ceux qui s’y prêtent portent une responsabilité historique. On ne joue pas impunément avec les symboles des luttes africaines. On ne détourne pas sans conséquence les mots sacrés de la liberté, de la dignité et de la souveraineté.
À Lomé, on veut aujourd’hui faire croire que l’Afrique est debout, alors que le Togolais, lui, est toujours à genoux. On veut faire passer un régime verrouillé pour un moteur d’émancipation continentale. La supercherie est trop grossière pour durer. Car la vérité est têtue, on ne construit pas l’Afrique de demain avec les chaînes d’hier. On ne fait pas naître la liberté dans les palais de la répression et on ne bâtit pas le panafricanisme sur les fondations de la dictature.
Le panafricanisme n’est pas un business. C’est une ligne de fracture. Et elle sépare aujourd’hui clairement ceux qui luttent pour les peuples et ceux qui s’en servent contre eux.
Eric Georges Anani Lawson



Autrefois, le panafricanisme était une lutte. Aujourd’hui, à Lomé, c’est un festival. Autrefois, il naissait dans les prisons, les maquis, l’exil et le sang. Aujourd’hui, il naît dans les hôtels quatre étoiles, les conférences sponsorisées et les communiqués de presse validés par le pouvoir. Et ces cafards qui s’autoproclament panafricanistes, sont fières d’eux.
WOW! Toutes les vérités sont dites ici. J’aime bien ce site.
Ils ne sont pas gênés à cause de leurs ventres qui sont vides et leurs têtes sonnent creuses. Les vampires sont arrivés en délégations bien vêtues, le verbe haut, le poing levé devant les caméras avec des dents acérées. Ils parlent d’Afrique libre, de souveraineté, de rupture avec les systèmes néocoloniaux. Mais à Lomé, derrière cette mise en scène soigneusement orchestrée, une vérité brutale s’impose: le panafricanisme est aujourd’hui instrumentalisé pour blanchir l’image d’un régime autoritaire enraciné depuis plus d’un demi-siècle.
Bandes de truands fauchés!
Des faux panafricanistes, véritables rats d’égouts pour blanchir l’image du despote Faure Gnassingbé. Quel panafricanisme peut s’accommoder d’une monarchie républicaine? Quelle souveraineté populaire peut fleurir sur une terre où le peuple ne choisit jamais librement son destin politique?
Ces voyous ne savent pas que le panafricanisme n’est pas une décoration? C’est une exigence. Et il n’a jamais servi à blanchir les dictateurs.