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    Le grand mensonge romantico-social

    « Tu seras sauvé en étant en couple ». C’est une phrase qui fait grincer les dents des bien-pensants et éclater de rire les esprits libres. Ce grand mythe du «couple obligatoire», cette religion moderne qui fait passer les célibataires pour des égarés du bonheur normatif.

    C’est une idée qui traîne dans l’air comme un vieux parfum d’eau bénite et de comédie romantique. Si tu n’es pas en couple, c’est que tu as raté ta vie. La vraie mesure de ton existence, c’est le nombre de fois où quelqu’un t’a dit « je t’aime » avant de t’ignorer trois jours plus tard sur WhatsApp.

    Depuis des siècles, l’humanité a fait du couple une sorte de certificat de normalité. Tu es marié? Parfait, tu es « installé ». Tu es célibataire? Oh, pauvre de toi, tu dois te réveiller tous les matins dans la solitude à contempler ton petit déjeuner et ton destin de solitaire. Comme si l’amour validait l’existence et que le célibat était une maladie chronique, heureusement curable par un mariage ou à défaut, un « partenaire stable ».

    Le mariage était une invention millénaire du contrôle social. Remontons donc un peu. Au départ, le couple n’était pas une affaire de romantisme, mais d’organisation sociale. On se mariait pour des terres, des alliances, des enfants, bref, pour tout sauf l’amour. L’amour, c’était pour les poètes, les troubadours et les adultères bien organisés.

    Puis les religions s’en sont mêlées. « Croissez, multipliez, et surtout, ne restez pas seuls, sinon Dieu va se vexer.” Résultat, le célibataire devient suspect. Il dérange. Il échappe au système. Un homme seul? Probablement dangereux. Une femme seule? Forcément désespérée ou sorcière. Et si elle a un chat, alors là, c’est foutu, c’est l’exorcisme.

    Aujourd’hui, le lavage de cerveau romantique par le catéchisme ne passe plus par les prêtres, mais par les réseaux sociaux. La prolifération des agences de rencontres t’expliquent que le sens de ta vie, c’est de trouver quelqu’un. Des influenceurs te vendent l’idée que « tu ne seras complet qu’à deux”. Et les publicités te soufflent: « achetez cette bague, ce parfum, ce dîner à deux, sinon tu resteras un être humain incomplet ».

    On ne glorifie plus le mariage religieux, mais le mariage émotionnel. Ce besoin d’être validé par un regard amoureux. Comme si l’autonomie affective était une hérésie. Et pendant ce temps, le célibataire heureux devient un bug dans la matrice: « Comment ça, tu n’as besoin de personne? Tu n’as pas peur de finir seul« ? Non, il a peur de finir mal accompagné ou dépressif, nuance.

    La pression sociale du « vivre à deux » est palpable dans certains pays où la société adore les couples. Ça consomme à deux, ça voyage à deux, ça s’endette à deux. Un célibataire, c’est trop libre, trop imprévisible. Il ne rentre pas dans les cases, il ne nourrit pas les mêmes marchés. Et pire, il a le temps de réfléchir, d’éviter de souscrire au mensonge collectif qui dit qu’il faut être deux pour exister.

    Alors on le culpabilise. On le transforme en personnage tragique. Le « mec qui a tout sauf une femme », la « fille qui réussit mais n’a personne pour partager son succès ». Parce que dans l’imaginaire collectif, ton bonheur ne compte que s’il est partagé, prouvé, photographié et posté avec un filtre doux.

    Pendant que certains s’accrochent à des relations bancales « pour ne pas être seuls », d’autres apprennent à danser avec leur solitude et découvrent que c’est la plus fidèle des partenaires. Être en couple, c’est un choix, pas une obligation. La réussite ne se mesure pas en alliances mais en sérénité. Le célibataire heureux n’a rien raté.  

    Quand quelqu’un me demande: « Et toi, tu es avec quelqu’un »? Je réponds calmement avec un sourire: « Oui, avec moi-même. Et on s’entend à merveille ».

    Sébastien Kodjo

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