Le Togo traverse depuis des décennies une étrange léthargie politique. Une torpeur faite de résignation, de peur intériorisée, d’habitudes ancrées et d’un fatalisme presque devenu culturel. Pourtant, aucune nation ne se transforme durablement sans un sursaut collectif.
Depuis les indépendances africaines, beaucoup de peuples ont cru que la liberté politique signifiait automatiquement prospérité et dignité. Au Togo, l’histoire a pris une trajectoire particulière, marquée par une longévité exceptionnelle du pouvoir, d’abord sous Gnassingbé Eyadema, puis sous Faure Gnassingbé. Cette continuité a façonné les mentalités à s’adapter, à contourner, à survivre. On apprend très tôt que la prudence vaut mieux que la contestation ouverte. Le résultat a donné une société qui parle fort dans les maquis, mais chuchote dans l’espace public.
La torpeur n’est pas toujours un choix, elle peut être une stratégie de survie. Lorsque les institutions paraissent verrouillées, que les alternances semblent impossibles et que les élans citoyens sont régulièrement contenus, le réflexe devient la protection individuelle plutôt que l’engagement collectif. Peu à peu, l’anormal devient normal, les mêmes visages aux mêmes postes, les mêmes promesses électorales, les mêmes difficultés sociales, les mêmes indignations cycliques. Et puis l’on retourne au quotidien.
«C’est comme ça, on ne peut rien faire, Dieu va agir»… Ces phrases traduisent une abdication silencieuse. Or, l’histoire montre que les peuples qui changent leur destin ne le font ni par miracle ni par hasard, mais par organisation, vision et persévérance. Regardons ailleurs en Afrique, certains pays ont connu des transitions difficiles mais ont su amorcer des dynamiques nouvelles lorsque la société civile, les jeunes, les intellectuels et les entrepreneurs ont cessé d’attendre un sauveur. Le Togo n’est ni condamné ni exceptionnellement maudit. Il est confronté, comme beaucoup d’États, à un défi central: transformer la résignation en responsabilité.
La question n’est donc pas seulement: «Pourquoi le peuple dort-il»? Mais plutôt: «Que faudrait-il pour qu’il décide de se lever une fois pour toutes»? Car un peuple qui prend conscience de sa force ne demande pas la permission d’exister.
Anani Ahoévi


