AccueilOpinionsOpinionLe silence des peuples n'est jamais éternel

Le silence des peuples n’est jamais éternel

Le Togo donne aujourd’hui l’image d’un pays où la peur s’est progressivement installée comme mode de gouvernance, où le silence est devenu un mécanisme de survie et où l’omerta semble parfois plus forte que la parole citoyenne. À force de résignation, de répression dénoncée par de nombreux observateurs et d’un sentiment d’impuissance largement partagé, la société paraît s’être figée dans une attente dont personne ne peut prédire l’issue.

L’opposition politique peine à convaincre l’opinion publique, tandis que la société civile fait face à des défis considérables. Dans ce contexte, beaucoup considèrent que le véritable contre-pouvoir demeure la mobilisation populaire elle-même. Les manifestations qui se sont succédées les 26, 27 et 28 juin 2025, avaient ravivé cette conviction. Pendant quelques jours, une partie de la population avait donné le sentiment que la résignation n’était pas une fatalité. Ces rassemblements avaient suscité autant d’espoir que d’interrogations sur la capacité des Togolais à peser durablement sur le destin de leur pays.

Aujourd’hui, certains redoutent que cet élan n’ait été qu’un feu de paille. D’autres, au contraire, pensent que les grands mouvements populaires ne disparaissent jamais totalement. Ils connaissent des périodes de reflux avant de renaître lorsque les circonstances s’y prêtent. L’histoire regorge d’exemples où le silence apparent des peuples, cachait une colère profonde qui, un jour, s’est exprimée avec une force inattendue.

Surtout lorsque l’accumulation des frustrations atteint un seuil critique, des transformations profondes peuvent survenir, parfois de manière brutale et imprévisible. Le véritable danger pour un pouvoir n’est pas nécessairement la contestation quotidienne. C’est le jour où plus personne n’a peur de contester. Car l’histoire ne manque pas de leçons. Des régimes que l’on croyait indéboulonnables se sont effondrés en quelques heures seulement. Des dirigeants persuadés d’avoir définitivement domestiqué leur peuple ont découvert, parfois trop tard, qu’aucune puissance ne résiste indéfiniment à une volonté populaire devenue irrépressible.

C’est pourquoi les responsables politiques de tous bords auraient tort de confondre silence et adhésion. La peur peut retarder l’expression d’un peuple mais ne l’efface jamais définitivement. Une société peut sembler immobile tout en étant traversée par des tensions profondes. Aucun système bâti principalement sur la peur ne peut prétendre à l’éternité. Le Togo n’échappera pas à cette vérité universelle. La véritable question n’est pas de savoir si le Togo changera, mais quand, par quels moyens et à quel prix?

Car lorsqu’un peuple retrouve pleinement conscience de sa souveraineté, sa détermination peut emporter bien plus qu’un gouvernement, elle peut balayer tout un système politique et tous ceux qui auront choisi d’en être les soutiens inconditionnels. Le silence du Togo n’est donc pas la fin de son histoire. Il pourrait bien n’en être que le prélude.

Eric Georges Anani Lawson

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