AccueilOpinionsTribuneLes deux poids, deux mesures de l’Occident face aux dictatures africaines

Les deux poids, deux mesures de l’Occident face aux dictatures africaines

Il y a dans la diplomatie occidentale un art consommé de l’hypocrisie. Un art raffiné, presque élégant, de défendre la démocratie… mais pas partout. De brandir les droits de l’homme, mais pas pour tout le monde. Et surtout, de s’émouvoir à géométrie variable selon la couleur du sol où coule le sang.

Qu’un régime autoritaire d’Afrique s’accroche au pouvoir, qu’il truque des élections, qu’il réprime violemment des manifestations, qu’il bâillonne la presse, tout cela semble devenu banal aux yeux des grandes capitales occidentales. Une poignée de communiqués diplomatiques, deux ou trois déclarations timides appelant au «calme», puis le silence. Les affaires reprennent: contrats miniers, accords sécuritaires, coopération militaire, partenariats économiques.

Pourtant, que les mêmes atrocités se produisent ailleurs, en Europe de l’Est, en Asie ou au Moyen-Orient, et l’Occident se transforme en chevalier blanc, prompt à sanctionner, à isoler, à moraliser. Deux poids, deux mesures. Et toujours la même logique, c’est-à-dire protéger les intérêts et non les peuples.

Il existe en Afrique une catégorie de dirigeants qu’on pourrait appeler les dictateurs utiles. Ceux qui garantissent la stabilité régionale, c’est-à-dire la stabilité des profits occidentaux. Peu importe qu’ils musèlent leurs opposants, tuent leurs populations ou truquent les urnes, tant qu’ils assurent la sécurité des multinationales, qu’ils sont dociles et qu’ils ouvrent leurs marchés, tout est pardonné. Certains deviennent même des «partenaires stratégiques» qu’on félicite pour leur «leadership».

L’Occident s’indigne donc à la carte. Il ferme les yeux sur des dynasties présidentielles africaines installées depuis des décennies, mais s’empresse de dénoncer le moindre coup d’État lorsqu’il menace un allié traditionnel. L’idéologie n’a plus rien à voir là-dedans. Seule la géopolitique dicte la morale.

Pendant ce temps, les peuples africains vivent sous la double oppression. Celle de leurs dirigeants autocrates et celle du cynisme international. Quand ils se soulèvent, on les appelle «fauteurs de troubles». Quand ils se taisent, on les accuse d’«immaturité démocratique». Les martyrs de la liberté africaine ne trouvent ni relais médiatique, ni soutien diplomatique, ni solidarité concrète. Leur combat se déroule dans un silence assourdissant.

Le jour où les peuples africains cesseront d’attendre le regard approbateur de l’Occident pour légitimer leurs luttes, la partie changera. L’Afrique n’a pas besoin de tuteurs moraux mais d’alliés sincères. Car la démocratie importée n’a jamais pris racine sur le mensonge et la dépendance. Et tant que l’Occident continuera à mesurer la liberté africaine à l’aune de ses contrats, le mot justice restera un slogan creux gravé sur du papier diplomatique.

Solange Kolani

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