Ce qui détruit le Togo n’est pas une malédiction géographique. C’est l’action méthodique d’hommes, privés de culture politique, morale et intellectuelle, installés durablement au sommet de l’État et décidés à confondre le pouvoir avec la prédation. Le pays est usé, vidé de sa substance par ceux qui en ont fait leur propriété personnelle.
Ces ennemis du genre humain ne sont pas tous des ignorants au sens scolaire du terme. Beaucoup sont scolarisés et ont des diplômes. Mais ils sont incultes au sens noble, inconscients à l’idée de bien commun, imperméables à l’éthique républicaine, incapables de penser le long terme. Ils parlent de la République sans la comprendre, invoquent le développement sans en accepter les contraintes, manipulent la Constitution comme un simple instrument de survie politique.
Leur rapport au pouvoir est d’abord une revanche sociale, revanche de la médiocrité sur l’intelligence, de la loyauté clanique sur la compétence, de l’obéissance sur la responsabilité. Dans ce système, la culture devient suspecte, la pensée critique dangereuse, l’université un foyer à neutraliser. Un peuple éclairé étant difficile à dominer, l’obscurité devient une politique publique.
L’administration togolaise, gangrenée par le clientélisme et la peur, illustre cette faillite morale. Les postes se distribuent par affinités et non par mérite. Les décisions se prennent par ordre et non par raison. Le service public est vidé de sa vocation, l’intérêt général relégué au rang de slogan creux. Les routes défoncées, hôpitaux indigents, écoles abandonnées. La réalité quotidienne dément chaque discours officiel.
Privés de culture politique, ces dirigeants sont privés de langage. Faute d’arguments, ils gouvernent par la force. La matraque et la répression remplacent le débat, la prison devient une réponse politique, l’intimidation un mode de gestion ordinaire. Le silence imposé n’est pas un signe de stabilité, mais l’aveu d’une incapacité à convaincre.
Le plus grave est ailleurs, ces hommes n’ont aucun programme, aucun projet civilisationnel. Ils vivent dans l’instant, au rythme des pillages, des détournements, des arrangements obscurs et des alliances opportunistes. Le futur ne les intéresse pas, car ils ne pensent ni transmission ni héritage. Le Togo n’est pour eux ni une nation à développer ni une société à structurer, mais une ressource à exploiter avant l’inévitable. Pourtant, l’histoire, les peuples humiliés finissent toujours par reprendre la parole. La culture méprisée, l’intelligence marginalisée, la jeunesse étouffée deviennent tôt ou tard, des forces de rupture.
Aucune inculture, même armée, ne triomphe durablement de la dignité humaine. Les régimes passent, les peuples demeurent, et l’histoire, elle, finit toujours par juger les responsables.
Kossivi Agamah


