Dans un post sur Facebook intitulé « Problème, 25 », publié le 4 août 2024, l’écrivain Théo Ananissoh a évoqué la fragilité du cerveau humain en rapport avec les dirigeants politiques. Une remarquable réflexion à laquelle j’ai réagi. Ma présente réflexion vise à poursuivre la sienne.
En effet, comme le dit Théo Ananissoh, notre cerveau subit des atteintes d’ordre psychologique dont nous ne sommes pas souvent conscients. C’est le cas de certains dirigeants politiques psychologiquement instables et profondément nuisibles pour leurs peuples. Gouverner un peuple ou avoir du pouvoir sur les autres suppose qu’on apprenne d’abord à se gouverner soi-même des traumatismes et des faiblesses dont nous ne sommes pas souvent conscients.
La conséquence désastreuse de cette gouvernance chaotique est l’image indigne de dictateurs ubuesques qui sont la risée du monde entier. Ils font partie de ces déséquilibrés mentaux qui n’ont aucun empire sur eux-mêmes. Ils ne règnent que par la terreur, la perversion, faute de légitimité afin de s’accrocher à tout prix, et en dépit du bon sens, au pouvoir. L’enjeu politique devient le pouvoir pour le pouvoir, c’est-à-dire que le pouvoir est devenu le but du pouvoir. On peut tuer, réprimer dans le sang, torturer, massacrer, perpétrer un génocide pour se maintenir au pouvoir malgré le vif rejet du peuple.
Ce genre de pouvoir illégitime fait que l’équipe dirigeante devient son propre otage, car elle a peur de perdre le pouvoir avec toutes les conséquences liées à un bilan criminel: la reddition de comptes. On a trop tué, trop volé, trop gaspillé, trop violé la constitution et les lois de la République. On a peur. On est devenu lâche parce qu’on n’est pas capable d’assumer ses actes criminels, son bilan de sang et de larmes dans l’impunité. Demain leur fait peur. Ils aimeraient figer le temps, s’ils en avaient la possibilité. Obsession de la chute inscrite dans un futur incertain.
La plupart des pays africains sont mal gouvernés, roulent sur des dettes douteuses, produits de la gabegie, du vol, de la médiocrité, et d’une grande irresponsabilité. Parce que les ratés ont investi tout le pouvoir politique sans partage. Les pays sont privatisés à travers le népotisme qui consiste à placer ses parents et ses maîtresses partout, tant dans le secteur public que privé. Ils sont partout et envahissants comme des mange-mil dans le champ du paysan. Les ministres et les dirigeants des institutions et des partis au pouvoir, n’ont rien de politique dans leurs comportements, car ils sont devenus des complices d’une odieuse omerta. La clique dirigeante fonctionne comme une mafia.
On n’en démissionne pas. Le chef de cette mafia, du fait de la culture de la corruption et de l’impunité, tient ses complices par les couilles: à la moindre incartade ou diminution de zèle, il peut les faire condamner ou exécuter avec preuves (vraies ou fausses) à l’appui. Les sociétaires ont peur de leur association de malfaiteurs, car ils ne sont pas plus à l’abri que les adversaires de leur pouvoir crapuleux. Le chef mafieux tient les magistrats, les faux opposants, les responsables des hommes en uniforme, et ceux de l’administration.
La plupart de ces bandits d’États ont des médiocres, des ratés qui, en d’autres circonstances, ne mériteraient pas d’occuper les fonctions politiques et administratives dans lesquelles on les a installés avec beaucoup de légèreté au mépris du bien public. C’est pourquoi on cherche avec des jumelles les vrais hommes d’État.
Ces ratés ne ratent pas leurs concitoyens en déversant sur eux leur haine, leurs préjugés, leur inculture, leur aigreur, leurs tares, leur petitesse dans un esprit vindicatif. Ils savent qu’ils sont des médiocres. Ils savent que le peuple le sait.
D’où leur arrogance vindicative propre aux ratés qui ont atterri là où ils ne le devraient pas. Ils le font payer cher au peuple. Ils lui font goûter le fruit pourri de la médiocrité et de l’échec.
Ces individus ont raté leur renaissance. Un proverbe guin dit: « Quand on t’a mis au monde, tu dois te remettre toi-même au monde”. Ce qui suppose l’effort d’apprendre à se gouverner soi-même. Cet effort est infiniment plus difficile que de gouverner autrui. Ce proverbe nous rappelle la philosophie du surhomme de Nietszce.
On n’est jamais impartial, bon juge de soi-même. Plus le rate est pervers, bête et méchant, moins autrui a de la valeur à ses yeux. Le peuple est considéré comme une racaille d’esclaves. Or se remettre au monde, se gouverner soi-même est un acte d’intelligence visant à faciliter sa propre insertion dans la société afin de n’être pas un individu nuisible qui piétine les valeurs du vivre-ensemble.
Ces ratés parfois doublés de tarés font aujourd’hui le malheur de la plupart des pays africains en leur fermant résolument les portes du développement et de la libération, parce qu’ils sont, faute d’intelligence, de vision politique et de patriotisme, des laquais des impérialismes anciens et nouveaux. Ils font perdurer le pacte colonial avec leur politique de la main tendue, une véritable mendicité érigée en idéologie de la médiocrité. Un écrivain français, dont j’ai oublié le nom, a dit avec justesse que: Les ratés ne vous rateront pas. »
Décidément, les politicards qui sont des ratés, n’ont pas raté leurs compatriotes africains!
Ayayi Togoata APÉDO-AMAH


