AccueilOpinionsOpinionLes voleurs démasqués du régime, hurlent plus fort que la sirène

Les voleurs démasqués du régime, hurlent plus fort que la sirène

Il y a des scènes politiques qui relèvent du théâtre de l’absurde, et puis il y a le cas togolais, où l’absurde s’est installé au palais, a pris des quartiers VIP et gouverne sans complexe. Dans ce pays martyrisé par des décennies de prédation, le spectacle est désormais bien rodé. Des pillards pris la main dans le sac, surpris par la lumière crue des faits, deviennent soudainement hystériques, menaçants, agressifs… non pas contre le vol lui-même, mais contre ceux qui osent le dénoncer.

Au Togo, voler l’argent public est une routine administrative. En revanche, alerter, enquêter, documenter, poser des questions devient un crime de lèse-majesté. Le sonneur d’alerte est traité comme un terroriste, l’enquêteur comme un saboteur, le citoyen curieux comme un ennemi de la nation. Un certain procureur de la République, a même menacé, de poursuivre les personnes qui partageraient ces crapuleries. La logique est simple, presque élégante dans sa perversité. Le problème n’est pas la corruption, c’est le miroir qu’on tend aux corrompus.

N’est-ce pas très drôle, quand le pillard se sent agressé par la vérité? Pris la main dans le sac, le pilleur togolais ne rougit pas. Il menace, ne s’excuse pas et vocifère. Il n’explique rien et intimide. La vérité, pour lui, est une agression. Le fait chiffré est une insulte et le rapport documenté est un complot. Dans ce pays, plus un scandale est étayé, plus la réaction est violente. C’est la panique du voleur surpris, mais avec des galons, des micros et parfois des forces armées derrière lui.

L’État togolais n’est plus perçu comme un bien commun, mais comme un butin de guerre transmis par héritage politique. Les ressources publiques deviennent des dotations familiales, les marchés publics des cadeaux entre amis, et les institutions des paravents décoratifs. Dans ce système, rendre des comptes au peuple est vu comme une humiliation. Pourquoi expliquer à des « rien-du-tout » ce que l’on fait de « son » argent? Voilà la mentalité.

Quand les pillards sont exposés, ils ne se corrigent pas mais resserrent l’étau. Menaces judiciaires, intimidations, campagnes de diffamation, arrestations arbitraires. La panoplie est connue. le message est clair, « Regardez ailleurs, taisez-vous, si vous ne voulez pas de sérieux problèmes». Mais cette stratégie révèle surtout une chose: ils ont peur. Peur de la vérité, peur des preuves, peur du peuple quand il commence à comprendre. Sous Faure Gnassingbé, l’impunité est devenue une culture d’État. Les scandales ne débouchent sur rien. Les accusations restent sans suite et les explications ne viennent jamais. Et quand la colère populaire monte, on répond par des discours creux, des commissions fantômes ou, plus souvent, par la matraque.

Dans cette farce nationale, le pillard ou le criminel se voit comme une victime. Victime des journalistes, des ONG, des réseaux sociaux, du peuple trop curieux. Il tue, mais se dit persécuté, pille, mais se proclame patriote, viole, mais exige le respect. C’est là toute la satire tragique. Ceux qui ont détruit le pays exigent le silence au nom de quoi? Aucune intimidation n’a jamais effacé un fait. Aucun régime n’a survécu éternellement à la vérité. Les pillards peuvent crier, menacer, emprisonner, censurer, mais, ils ne peuvent pas rendre le peuple amnésique. Chaque sonneur d’alerte réduit un peu plus leur espace de mensonge. Chaque question posée fissure leur forteresse d’arrogance.

Le Togo n’est pas condamné à être un garde-manger pour une minorité prédatrice. Le vrai danger pour la nation n’est pas celui qui parle, mais celui qui vole et refuse de répondre. Un jour, les cris des pillards ne couvriront plus la clameur populaire. Et ce jour-là, il ne suffira plus de menacer les sonneurs d’alerte. Il faudra rendre des comptes.
Enfin.

Julie Kamefeï

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