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    L’escouade de pillards qui se prennent pour Jupiter ou Hercule

    Ils aiment les dieux, ou plutôt, se prendre pour des dieux. Au Togo, une escouade bien identifiée de prédateurs d’État se rêve en Jupiter tonnant, en Hercule aux muscles légendaires, en figures mythologiques chargées de majesté, de force et d’éternité. Mais derrière la toge divine et la massue héroïque, il n’y a ni l’Olympe ni les douze travaux. Il n’y a qu’un pillage méthodique, une confiscation cynique du pouvoir et une violence institutionnalisée contre un peuple maintenu à genoux.

    Quand le pouvoir est nu, il s’habille de symboles. Quand il est illégitime, il s’enrobe de mythes. Se comparer à Jupiter, c’est prétendre gouverner par droit céleste. S’identifier à Hercule, c’est se présenter comme l’homme providentiel, seul capable de porter le destin national sur ses épaules. Mais au Togo, cette mythologie grotesque ne sert qu’à masquer une réalité triviale. Un État capturé par un clan, une République réduite à une entreprise familiale, et des institutions transformées en instruments de prédation.

    Des héros imaginaires, des victimes bien réelles. Les véritables exploits de cette escouade ne figurent dans aucun poème épique:

    • Exploit n°1: confisquer le pouvoir sans mandat clair, génération après génération.
    • Exploit n°2: transformer la pauvreté en politique publique durable.
    • Exploit n°3: réprimer, intimider, museler, tout en parlant de paix et de stabilité.
    • Exploit n°4: piller sans honte, puis accuser le peuple d’ingratitude.

    Ici, les seuls travaux réellement accomplis sont ceux de la désintégration morale de l’État et de l’appauvrissement organisé de la majorité. Jupiter, dans la mythologie, protège l’ordre et la justice. Hercule combat les monstres. Au Togo, ceux qui s’en réclament sont devenus le désordre et le monstre lui-même. Ils brandissent la force non pour défendre la cité, mais pour la tenir en respect. Ils invoquent l’autorité non pour servir, mais pour se servir. Leur « héroïsme » est de façade, leur puissance repose sur la peur, leur longévité sur la résignation forcée. Les dieux meurent quand on cesse d’y croire. Les faux héros tombent quand leurs légendes ne suffisent plus à couvrir leurs crimes politiques.

    Le peuple togolais n’a pas besoin de Jupiter ni d’Hercule. Il a besoin de citoyens responsables, d’institutions libérées, d’un État rendu à sa fonction première: servir. Car l’Histoire est implacable. Toute escouade de pillards qui se prend pour des dieux finit toujours par découvrir qu’elle n’était faite que d’hommes et d’hommes comptables de leurs actes. Car il arrive toujours un moment, silencieux d’abord, presque imperceptible, où un peuple cesse intérieurement d’obéir. Rien ne brûle encore, mais ça bouge lentement mais sûrement. La peur se décolle des corps, le respect forcé se vide. L’autorité, soudain, ne va plus de soi. C’est là que les régimes croient encore régner, alors qu’ils ne font déjà plus que survivre.

    Ce jour-là, les faux dieux continuent de parader, inconscients du fait que leur pouvoir est devenu creux. Ils parlent encore, mais leurs mots n’atteignent plus. Ils ordonnent, mais leurs ordres résonnent dans le vide. Ils menacent, mais la menace n’impressionne plus autant. Car le peuple togolais, comme tous les peuples trop longtemps écrasés, a franchi une frontière invisible,  celle où l’on comprend que l’on n’a plus rien à attendre, et donc plus rien à craindre et plus rien à perdre. À partir de là, tout change. La peur et la soumission  cessent d’être une habitude. La résignation cesse d’être une fatalité. Le mythe cesse d’opérer.

    Les Jupiter autoproclamés découvrent alors une vérité qu’aucun arsenal ne peut corriger. On ne gouverne pas des consciences éveillées. Les Hercule de pacotille réalisent, trop tard, que la force brute est impuissante face à une décision collective intime. Celle de ne plus reconnaître la légitimité du mensonge. Et c’est ainsi que tombent les régimes qui se croyaient éternels. Non pas d’un seul coup, mais par érosion morale, par désobéissance intérieure, par rupture symbolique. Le pouvoir devient un décor, l’État une coquille, le chef une silhouette. Les ordres existent encore, mais ils ne produisent plus d’adhésion. Et un pouvoir sans adhésion est déjà un pouvoir mort.

    L’Histoire est formelle, ce ne sont pas les peuples qui finissent par accepter l’inacceptable, ce sont les tyrannies qui finissent par découvrir qu’elles gouvernaient déjà des hommes libres sans le savoir. Et quand cette vérité s’impose, il n’y a plus de retour possible. Il n’y a plus de Jupiter, plus d’Hercule. Il n’y a plus que la fin d’un cycle.

    Yempabou Laré

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