Dans nos sociétés modernes, le diplôme est souvent considéré comme le symbole suprême de la réussite intellectuelle. Plus une personne accumule de certificats, de licences, de masters ou de doctorats, plus elle est supposée être intelligente. Pourtant, l’expérience quotidienne nous enseigne une réalité bien différente: l’intelligence ne se résume pas à un parchemin accroché au mur.
En Afrique en général, et au Togo en particulier, il n’est pas rare de rencontrer des individus détenteurs de prestigieux diplômes, occupant parfois des postes importants dans l’administration, les universités ou les grandes entreprises, mais dont les prises de position publiques laissent perplexe. Leurs interventions dans les débats nationaux, leurs commentaires sur les réseaux sociaux ou leurs analyses de questions pourtant simples, révèlent parfois un manque étonnant de discernement, d’esprit critique et même de bon sens.
Cette situation soulève une question fondamentale: qu’est-ce que l’intelligence?
L’intelligence véritable ne consiste pas uniquement à mémoriser des connaissances ou à réussir des examens académiques. Elle se manifeste par la capacité à réfléchir avec lucidité, à analyser les faits avec objectivité, à distinguer l’essentiel de l’accessoire et à faire preuve de sagesse dans ses jugements. Une personne peut maîtriser les théories les plus complexes et pourtant manquer totalement de cette intelligence pratique qui permet de comprendre les réalités humaines et sociales.
Les réseaux sociaux offrent aujourd’hui une vitrine sans précédent de cette contradiction. Chaque jour, des personnes très diplômées y exposent des raisonnements simplistes, des préjugés tenaces, des analyses superficielles ou des positions dictées davantage par l’émotion, l’intérêt personnel ou l’appartenance politique que par la réflexion rigoureuse. Dans certains cas, leurs publications révèlent une intolérance, une arrogance ou une absence de culture démocratique qui contrastent fortement avec le niveau d’instruction qu’elles revendiquent. Le problème est que beaucoup confondent instruction et intelligence. L’instruction s’acquiert dans les écoles, les universités et les centres de formation. L’intelligence, elle, se construit également par l’expérience, l’humilité, l’écoute des autres, l’observation du monde et la remise en question permanente de ses propres certitudes.
L’histoire regorge d’exemples de personnalités peu ou pas diplômées qui ont marqué leur époque par leur clairvoyance, leur leadership et leur compréhension profonde des enjeux de leur temps. À l’inverse, certains intellectuels brillants sur le plan académique se sont illustrés par des erreurs de jugement monumentales ou par leur soutien à des systèmes injustes et oppressifs. Dans le contexte togolais, cette réflexion mérite une attention particulière. Le pays a besoin non seulement de diplômés, mais surtout de citoyens capables de penser librement, d’analyser avec honnêteté et de contribuer au débat public avec responsabilité. Les titres universitaires devraient être un outil au service de la société, non un soutien aux dictateurs, non un passeport vers l’arrogance intellectuelle ou le mépris des autres.
Un diplôme atteste qu’une personne a suivi avec succès un parcours de formation. Il ne garantit ni la sagesse, ni l’intégrité, ni la capacité de jugement. La véritable élite n’est pas celle qui accumule les diplômes, mais celle qui met son savoir au service du bien commun, qui reste ouverte à la critique et qui sait reconnaître ses erreurs. Au fond, l’intelligence se reconnaît moins à ce que l’on sait qu’à la manière dont on utilise ce savoir. Car il vaut mieux un citoyen modeste doté de bon sens et d’esprit critique qu’un intellectuel prestigieux incapable de dépasser ses préjugés ou ses intérêts personnels.
Dans une époque où les apparences prennent souvent le pas sur le contenu, il est essentiel de rappeler cette vérité simple: un diplôme peut impressionner, mais seule l’intelligence authentique inspire le respect durable.
Eric Georges Anani Lawson
DjaleleNews


