Le prix Nobel de littérature 2023 vient encore de consacrer un illustre inconnu norvégien. Donc un Européen. Le prix Nobel de littérature a condamné, depuis sa création, le continent africain à demeurer une exception littéraire. En effet, comment comprendre que cette institution qui se prétend universelle, ignore l’Afrique avec autant de mépris et d’occidentalocentrisme? Environ 80% des prix Nobel sont originaires de l’Europe et des États-Unis d’Amérique comme si ailleurs, dans le tiers monde, on ne savait pas écrire.
Ce n’est pas innocent. Trahissant la volonté de Gustav Nobel, ses exécuteurs testamentaires, ont fait du prix Nobel de littérature l’instrument d’une pseudo-suprématie de la littérature euro-américaine dans le monde. L’Asie et l’Afrique n’ont qu’à aller apprendre à écrire ! Les choix de l’Académie Nobel sont si scandaleux que les non-connaisseurs peuvent croire que sur le continent africain la littérature est sous-développée comme son économie confisquée par des prédateurs occidentaux dans l’esprit du pacte colonial.
Citer tous les écrivains talentueux du continent serait fastidieux. Et pas seulement ceux qui sont publiés en Europe et aux États-Unis. Il va dès lors sans dire que l’institution du prix Nobel est un instrument de propagande de la suprématie des lettres occidentales. Et aussi des sciences.
Dans le domaine de l’art où domine la subjectivité, les choix qui correspondent à une élimination, sont suspects et malhonnêtes eu égard au critère de qualité.
Chacun travaille pour ses intérêts. Que le prix Nobel soit au service d’une propagande, n’a rien d’étonnant. Il faut que l’Afrique crée ses prix continentaux pour honorer ses artistes et scientifiques. Nos artistes, intellectuels et scientifiques ne doivent pas être condamnés à la reconnaissance de l’Occident pour que leurs mérites soient reconnus en Afrique. C’est un scandale. C’est honteux parce qu’on nous impose des modèles en fonction d’une ideologie et d’une esthétique étrangères. C’est comme quand la France offre, de temps en temps, dans ses ambassades, des médailles en chocolat des Palmes académiques à des enseignants africains en Afrique, que leurs propres gouvernements ignorent royalement. Qu’est-ce que cela signifie? À coup sûr une politique clientéliste destinée à des enseignants complexés et aliénés, peu conscients politiquement de la récupération dont ils sont l’objet.
Il faut que l’Afrique se dote de ses propres prix prestigieux qui ne soient pas inférieurs, au niveau de la dotation, aux concours de merde des Miss Machin dans lesquelles des jeunes filles exhibent leurs cuisses et leurs fesses ainsi qu’une certaine cancrerie.
Tant que nous abandonnerons nos cultures et arts aux caprices de ceux qui veulent nous imposer leur vision du monde et leurs critères esthétiques, nous serons d’éternels aliénés au niveau de l’imaginaire collectif. Même l’esthétique nous sera imposée sans que nous ne nous en rendions compte.
La seule arme efficace contre l’aliénation culturelle est la création. C’est pourquoi nous devons créer en nous appuyant sur nos cultures. Les États africains doivent aussi faire leur part au niveau de la reconnaissance de leurs créateurs pour les imposer au monde.
Ayayi Togoata APÉDO-AMAH


