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    Quand le pouvoir devient un permis de piller, de s’envoyer en l’air et de mépriser

    Au Togo, le pouvoir n’est plus un service, plus même une responsabilité. Il est devenu, au fil des décennies, un droit privé de prédation, un privilège obscène réservé à une minorité qui a confondu l’État avec un butin, la République avec un harem, la loi avec un chiffon inutile.

    Ici, le pouvoir, ce n’est ni gouverner, ni protéger, ni servir. Le pouvoir, c’est voler. Voler l’argent du peuple sans honte, sans comptes à rendre. Voler à ciel ouvert, en plein jour, sous les applaudissements des courtisans et le mutisme des affamés. Les budgets publics sont traités comme des portefeuilles personnels. Les marchés de l’État sont distribués comme des cadeaux de mariage entre cousins du régime. Les dettes contractées au nom du peuple, servent à engraisser des comptes privés à l’étranger, pendant que les hôpitaux manquent de seringues et que les écoles publiques ressemblent à des ruines coloniales abandonnées.

    Mais le pillage matériel ne suffit pas. Le pouvoir, c’est aussi s’envoyer en l’air, avec le plus de femmes possibles. Femmes humiliées, instrumentalisées, marchandées comme des décorations. Jeunes étudiantes convoquées dans des bureaux climatisés pour « mériter » une bourse. Fonctionnaires contraintes d’offrir leur corps pour conserver leur poste. Épouses légitimes reléguées au rang de meubles respectables pendant que l’arrogance masculine se pavane dans la débauche.

    Le corps féminin devient une extension du pouvoir. On conquiert le pays comme on consomme des femmes. Et personne ne doit en parler. Car parler, c’est perdre son travail, c’est risquer l’exil ou la tombe. Le pouvoir, enfin, c’est se croire au-dessus de la loi. La loi est faite pour les pauvres, pour les manifestants, pour les journalistes trop bavards, pour les Togolais ordinaires. Elle n’existe pas pour les puissants. Ici, on tue et on classe sans suite. On frappe et on blesse les gens sauvagement et on appelle cela « maintien de l’ordre ». On vole les élections et on parle de « stabilité ». On emprisonne les opposants et on invoque la « sécurité nationale ». La justice n’est pas aveugle, elle est soumise. Elle regarde toujours dans la direction du palais avant de rendre un verdict. Elle connaît la hiérarchie réelle, le droit en bas, le pouvoir en haut. Et au sommet, règne un sentiment délirant, la vanité d’être différent du peuple, d’être une autre espèce, une caste sacrée, une lignée intouchable.

    Le peuple, lui, on lui répète que la misère est normale, que la corruption est culturelle, que la dictature est une tradition, que la peur est une vertu. Mais le mensonge commence à s’user. Car aucun régime fondé sur le vol, la luxure arrogante et le mépris du droit ne peut prétendre à la légitimité morale. Aucun pouvoir bâti sur la négation de la dignité humaine ne peut éternellement étouffer la colère. L’histoire africaine est jonchée de régimes qui se croyaient éternels, jusqu’au jour où le silence s’est transformé en rupture.

    Mais rien n’est éternel. Ni l’arrogance, ni la prédation, ni le mépris. Et quand un peuple se réveille, le pouvoir, même bardé de fusils, commence déjà à vaciller.

     Komlan Amévor

     

     

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