AccueilOpinionsTribuneCes guignols de la lâcheté qui rampent plus vite que leur ombre

Ces guignols de la lâcheté qui rampent plus vite que leur ombre

Dans certains pays, les régimes autoritaires ont au moins la décence de choisir des collaborateurs discrets, efficaces, presque intelligents. Au Togo, on a opté pour autre chose. Une armée de courtisans qui confondent l’État et leur nombril, la République et leur estomac, la dignité et leur carrière. Ils sont partout. Comme les moustiques, mais avec moins d’utilité écologique. Leur talent le plus spectaculaire? Transformer chaque caprice présidentiel en commandement divin. Un décret illogique tombe ? Ils applaudissent. Une injustice flagrante est commise? Ils applaudissent. Une énième violation de la Constitution est emballée dans un discours soporifique? Ils applaudissent jusqu’à ce que leurs paumes chauffent.

Ils ont développé une capacité unique. Applaudir sans réfléchir. Le cerveau reste au repos, les mains travaillent. Chacun ses compétences. Leur servilité n’a pas de limite. S’il fallait classifier leur posture politique, ce serait une sorte de croisement entre un paillasson, un porte-manteau et un chien bien dressé. Lorsqu’un chef du régime fronce un sourcil, ils frémissent. Lorsqu’il parle, ils notent frénétiquement, même lorsqu’il ne dit rien. Lorsqu’il sourit, ils rient, parfois cinq minutes avant lui par excès de zèle. Certains vont tellement loin dans la soumission qu’on se demande s’ils ne confondent pas carrière et prosternation. On dirait qu’ils sont payés à l’angle d’inclinaison du dos. N’ayant ni idées, ni vision, ni courage, ils compensent par l’intimidation.

Ce sont des petits bureaucrates zélés qui, incapables de convaincre quiconque, préfèrent effrayer tout le monde. Ils terrorisent les citoyens ordinaires pour masquer leur propre peur. Ils menacent les faibles pour cacher leur impuissance face aux puissants. Ils se gonflent comme des poules mouillées qui auraient trouvé un mégaphone. À les écouter, ils seraient les gardiens de la stabilité nationale, les protecteurs de l’ordre public. En réalité, ce sont des agents de maintenance du chaos organisé. On devrait presque les plaindre si leur cynisme n’était pas si toxique. Ces gens-là pensent sincèrement qu’ils font partie de «l’élite». Avec leurs cravates trop serrées, leurs 4×4 achetés avec l’argent public, leurs communiqués rédigés en langage administratif moyenâgeux, ils s’imaginent être les piliers du pays mais ils ne sont que les accessoires du décor.

Dès que le vent tournera et il tourne toujours, la météo politique n’a jamais été figée, ils découvriront avec surprise qu’ils ne sont pas des acteurs, mais des figurants qui rendront des comptes comme leur maître. Certains comprendront trop tard que leur carrière était bâtie non pas sur le talent, mais sur l’obéissance aveugle. Pourquoi le pouvoir les adore-t-il? Parce qu’ils sont prévisibles. Parce qu’ils ne posent jamais de questions. Parce qu’ils obéissent même lorsqu’on ne leur demande rien. Ils disent tous la même chose, avec la même voix monotone, le même regard vide, le même sourire figé. Le régime aime leur médiocrité, car une médiocrité loyale est plus utile qu’une intelligence indépendante. Dans les rues, dans les villages, dans les administrations, tout le monde sait que ces individus ne représentent rien. Ils ne sont pas respectés.

Ils ne sont pas aimés. Ils ne sont même pas craints,  juste évités. On leur sourit par prudence, mais on rit d’eux dès qu’ils tournent le dos. Et eux, dans leur bulle d’arrogance subventionnée, croient que ce sourire forcé est de l’admiration. Parce qu’ils n’ont rien d’autre. Parce qu’ils sont prisonniers de leurs privilèges. Parce qu’ils confondent sécurité matérielle et respect.

Dela Avoussou

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