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    Togo: tous égaux, vraiment?

    Tous les Togolais sont nés égaux. La phrase est belle. Elle trône dans les textes, s’énonce dans les discours officiels, se récite aux commémorations. Elle rassure, endort et ment. Car dans le Togo réel, l’égalité n’est pas un droit: c’est une fiction politique soigneusement entretenue. Il y a ceux qui ont le droit de tuer, et ceux qui ont le devoir de mourir. Mourir sous les balles, mourir dans les geôles, mourir lentement dans la peur, mourir loin de chez soi. Il y a ceux qui sont libres de vivre au pays, et ceux à qui l’on a accordé une autre liberté : celle de l’exil, forcé, définitif, silencieux. Il y a des Togolais à part entière et des Togolais entièrement à part. Les premiers comptent, les seconds encombrent. Les premiers parlent au nom de la nation, les seconds se taisent pour survivre. Les premiers monopolisent la parole publique, les seconds n’ont même plus le luxe de la colère.

    Dans ce pays, certains travaillent sous le climatiseur de l’État, protégés par les murs épais du pouvoir. D’autres travaillent sous le soleil implacable de la débrouille, sans droits, sans sécurité, sans lendemain. Certains occupent illégalement la place des autres, par héritage, par réseau ou par allégeance. Les autres, par découragement ou par lucidité, renoncent à reprendre ce qui leur revient pourtant de droit. L’injustice n’est pas un accident togolais: elle est devenue un système. Elle mange à sa faim dans les palais pendant que le peuple mange à sa misère. Elle habite Lomé « X », aux routes bien goudronnées, éclairées, surveillées. Elle relègue la majorité à Lomé zéro, là où la boue remplace l’asphalte et où l’État n’existe que pour réprimer.

    On appelle cela la stabilité. On appelle cela la paix. Mais une paix fondée sur la peur, le silence et l’exil n’est pas une paix: c’est une suspension de la dignité. Un pays qui fabrique des citoyens de première zone et des survivants de seconde n’est pas une République. C’est une administration de l’inégalité. Un État qui protège certains contre tous les autres n’est pas un État fort: c’est un État partial. Le Togo n’a pas seulement un problème de gouvernance. Il a un problème de vérité. Tant que l’égalité restera un slogan et non une réalité vécue, tant que la citoyenneté dépendra du nom, de l’origine ou de la loyauté au pouvoir, le pays continuera de perdre ses enfants: les uns par la mort, les autres par l’exil. Et un jour viendra où l’on ne pourra plus dire que tous les Togolais sont nés égaux, même pour faire semblant.

    Tito Agbémagnan

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