Depuis cinquante-huit longues années, ton histoire s’écrit sous le fouet du silence imposé, sous le poids écrasant d’un pouvoir confisqué, sous l’humiliation quotidienne d’un peuple privé de sa voix. Cinquante-huit ans de promesses trahies, d’espoirs étouffés, de rêves piétinés par une minorité qui s’est arrogé le droit de décider pour tous.
Togolais, ton pays est riche, mais ton peuple est pauvre. Tes terres regorgent de promesses, mais tes enfants grandissent dans le manque. Ton sous-sol porte l’or, le phosphate, la vie, mais tes hôpitaux manquent de médicaments, tes écoles manquent de bancs, tes routes manquent d’avenir. Où est passée la richesse de la nation, sinon dans les comptes opaques de ceux qui se nourrissent de ton labeur? On t’a appris la peur, à te taire, à courber l’échine devant des hommes qui se sont pris pour des dieux. On t’a appris que réclamer la justice, c’est provoquer la répression. Que demander la liberté, c’est risquer la prison, l’exil ou la mort. On t’a appris à survivre, alors que tu méritais de vivre pleinement.
Depuis cinquante-huit ans, les mêmes méthodes se répètent. Élections truquées, oppositions muselées, voix critiques écrasées, jeunesse sacrifiée. On change les discours, on recycle les visages, on prend les mêmes et on recommence. Le système reste intact, mafieux, brutal, méprisant, vorace. On t’offre des miettes pendant que d’autres se partagent le gâteau national. Togolais, regarde autour de toi, ces diplômés sans emploi, ces femmes qui accouchent à même le sol dans les hôpitaux sans soin. Regarde ces hommes qui meurent de fatigue dans l’informel, cette jeunesse brillante contrainte à l’exil, vidant le pays de ses forces vives pendant que l’obscurité gagne du terrain.
Et pourtant, on ose te parler de paix. Une paix fragile, construite sur la peur. Une paix qui n’est que le nom poli de la résignation. Mais, ce n’est pas de cette paix-là dont tu as besoin. Tu as besoin d’une paix fondée sur la justice, sur la vérité, sur l’égalité, sur la dignité retrouvée. Togolais, tu n’es pas né ni pour ramper, ni pour être un sujet. Tu es né citoyen, héritier d’une terre de résistants, d’une Afrique qui s’est levée contre les chaînes, contre l’humiliation, contre la domination. L’histoire de ton peuple ne commence pas avec la peur, elle commence avec la dignité.
On t’a souvent dit: «Ça ne changera jamais». C’est le mensonge préféré des tyrannies. Elles veulent t’anesthésier l’esprit pour mieux t’enchaîner les bras. Mais aucun pouvoir n’est éternel quand un peuple se réveille. Aucune dictature ne résiste longtemps à la détermination des consciences libres. Le combat est long. Il est difficile. Il est risqué. Mais il est juste. Et rien, absolument rien, n’est plus dangereux pour un régime injuste qu’un peuple qui cesse d’avoir peur.
Togolais, la résignation n’est pas ton destin. Le silence n’est pas ton héritage. La soumission n’est pas ta nature. Tu portes en toi une force immense: la force du nombre, la force de la vérité, la force de la justice. Il est temps de relever la tête. Il est temps de parler haut. Il est temps d’écrire une nouvelle page de ton histoire. Non pas avec la haine, mais avec la fermeté. Non pas avec la violence aveugle, mais avec la détermination inflexible. Non pas dans la division, mais dans l’unité du peuple face à l’injustice.
Togolais, depuis cinquante-huit ans, ton calvaire dure. Mais aucun calvaire n’est éternel. Aucune nuit n’empêche définitivement l’aube. Et le jour où tu décideras, collectivement, de ne plus avoir peur, ce jour-là, tout changera pour de vrai dans la joie et à ta grande satisfaction.
Kossivi Agamah


