Les 19 et 26 février, la 2ème chambre correctionnelle du tribunal de Lomé a jugé une affaire de vol qui a étonné les personnes présentes à l’audience, tant l’histoire est burlesque et un peu confuse.
Pierre Vivol, Français de 59 ans, informaticien-programmeur assigne en justice le sieur Yao Apétsi, 29 ans, pour vol de 300.000 FCFA.
L’affaire remonte au lundi 06 février 2023. M. Yao Apétsi, menuisier a été sollicité par M. Pierre Vivol pour lui installer une étagère avec son apprenti dans son bureau. Ce jour, à 15h00, la secrétaire de Pierre, Vivianne Acolatse a quitté plus tôt à la demande de Pierre pour faire place à Yao et son apprenti.
Le mardi 07 février, aurait constaté la disparition des 300.000F qu’il avait cachés derrière un tableau accroché au mur. Sur conseil d’un ami, il appela Vivianne et fait venir Yao (accompagné de son apprenti), pour qu’ils subissent l’épreuve de l’ordalie chez un charlatan à Bè-Kpota. Il se fit accompagner par le l’assistant du chef de la localité de Bè-Kpota. Au cours de l’épreuve, Yao fut prit. Selon lui, il accepta avoir volé sous l’effet de la torture, la corde lui serrant fortement le cou. Il mit en gage auprès de M. Vivol, sa Yamaha pour lui garantir le remboursement des 300.000F.
Mais, deux jours après, il vint remettre à M. Vivol, une convocation de la gendarmerie qui contraint le sieur Vivol à lui restituer la moto. Il porta plainte au commissariat contre Yao pour vol de 300.000F.
Au tribunal, les juges chargés du dossier, lors de la délibération du 26 février ont déclaré le prévenu non coupable. Selon le président du tribunal, l’aveu a été extorqué sous l’effet de la contrainte et l’ordalie est une pratique occulte, donc dépourvue de toute objectivité. « L’épreuve de l’ordalie, procédé rétrograde des sociétés traditionnelles conservatrices, faisant appel à des techniques procédant de la torture, ne saurait emporter l’intime conviction du juge ».
Ce jugement soulève alors la question de l’ordalie qui fait office de justice dans les sociétés traditionnelles africaines. Mais voir un Français fonder une preuve sur cette pratique occulte, on se demande si son séjour en terre togolaise ne l’a pas transformé en adepte des croyances ancestrales.
Komi Agbo


