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    Une année s’achève… une autre commence

    L’année 2025 s’est refermée en Afrique comme une porte rouillée que l’on claque sans avoir réparé la maison. Elle a enfermé dans son giron une page lourde, douloureuse, faite de promesses trahies, de silences imposés et de sang étouffé sous la poussière de l’oubli. L’année 2026, à peine née, nous offre une page presque blanche. Mais en Afrique, surtout dans l’Afrique francophone, la page vierge est rarement synonyme d’innocence. Elle est souvent une page arrachée, imposée, surveillée.

    Au seuil de cette nouvelle année, au-delà des vœux de santé et de prospérité échangés machinalement, s’impose un devoir plus grave, celui du bilan. Un bilan sans fard, sans langue de bois, sans cette diplomatie molle qui, depuis des décennies, sert d’alibi à l’injustice. Car le continent africain, et particulièrement sa partie francophone, semble toujours condamné à vivre dans un éternel état de délivrance. Le ventre de l’histoire se contracte, mais l’enfant tarde à naître. Et lorsque naissance il y a, elle se fait souvent par le siège, dans la douleur, parfois dans la mort.

    Au Togo, comme dans tant d’autres pays d’Afrique francophone, l’année écoulée a été marquée par la persistance d’un pouvoir sourd aux aspirations populaires. Les populations réclament dignité, justice sociale, alternance véritable; on leur répond par la peur, la matraque, la prison ou l’exil. Les manifestations pacifiques sont réprimées, les voix critiques muselées, les consciences traquées. L’État, censé protéger, se transforme trop souvent en machine à intimider.

    Ailleurs, le décor n’est guère différent. Au Sahel, les coups d’État à répétition ont remplacé l’espoir par l’incertitude, sans pour autant apporter la sécurité promise. Au Soudan, la guerre a broyé des millions de vies dans l’indifférence presque générale. En République démocratique du Congo, les armes continuent de parler plus fort que les urnes, et les minerais valent davantage que les êtres humains. Partout, la famine, la disette, les épidémies prospèrent sur les ruines des conflits et de la mauvaise gouvernance. Pendant ce temps, les camps de réfugiés s’étendent comme des villes de la honte. On y survit plus qu’on n’y vit. L’humiliation y est quotidienne, le désespoir chronique, l’avenir suspendu. Cette violence structurelle, permanente, finit par s’infiltrer dans les esprits, altérant les psychés, banalisant la brutalité, normalisant l’inacceptable.

    Face à ce chaos africain, le monde ne reste pas immobile. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a rappelé combien l’Afrique demeure périphérique dans les calculs des grandes puissances, utile surtout comme zone d’influence ou réservoir de matières premières. Au Proche-Orient, les massacres à Gaza et dans les territoires palestiniens poursuivent leur cycle macabre, illustrant une fois de plus l’hypocrisie d’un ordre international prompt à condamner, lent à agir.

    Ce tableau, aussi sombre soit-il, n’est pas excessif. Il est simplement honnête. Il révèle le visage apocalyptique d’un monde où l’Afrique reste trop souvent le laboratoire de la violence, de l’impunité et de l’expérimentation politique. Mais il serait trop facile de tout imputer à l’extérieur. L’Afrique francophone porte aussi sa part de responsabilité. Des élites autoproclamées, déconnectées des réalités populaires, ont confisqué l’État au profit de clans, de familles ou de réseaux. Elles parlent au nom du peuple sans jamais l’écouter, invoquent la souveraineté tout en pillant les ressources, brandissent la stabilité pour justifier l’immobilisme. Ainsi, la guerre, le terrorisme et les massacres visibles ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La violence la plus dangereuse est celle, silencieuse, qui ronge les institutions, détruit l’école, humilie la jeunesse, exile les cerveaux et tue l’espérance.

    Au seuil de 2026, le véritable vœu pour l’Afrique francophone en général et pour le Togo en particulier, ne peut être un simple souhait de prospérité. Il doit être un engagement collectif: refuser la peur, réhabiliter la vérité, reconquérir la dignité. Sans cela, l’année nouvelle ne sera qu’un chiffre de plus gravé sur la longue stèle de nos renoncements.

    Eric Georges Anani Lawson

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