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    Ces chefs de partis d’opposition allergiques à la critique: des dictateurs en gestation

    Il existe une illusion dangereuse, largement répandue dans les sociétés politiquement asphyxiées : celle qui consiste à croire que toute opposition au pouvoir en place est, par nature, démocratique, vertueuse et porteuse de libertés. Le Togo en offre une démonstration inquiétante. À côté d’un régime usé, autoritaire et brutal, prospère une opposition dont certains chefs affichent une intolérance à la critique qui les disqualifie d’emblée comme alternative démocratique crédible. Pire encore, ces opposants-là sont potentiellement des dictateurs en devenir, et pourraient se révéler plus féroces que le dictateur de service s’ils accédaient un jour au pouvoir.

    La haine de la critique  n’est autre que le symptôme fondamental de l’autoritarisme. La démocratie commence par une chose simple, presque banale et qui est l’acceptation de la critique. Celui qui ne supporte pas d’être interrogé, contredit, analysé ou remis en cause lorsqu’il est simple opposant, n’acceptera jamais ces contraintes une fois installé au sommet de l’État. Au Togo, plusieurs chefs de partis dits «d’opposition» réagissent à la critique comme des potentats locaux par des invectives contre les intellectuels indépendants, la diabolisation des journalistes non alignés,  les accusations de trahison contre toute voix dissidente, et l’exclusion interne de militants jugés trop autonomes.

    Ce comportement est structurel et révèle une conception patrimoniale du parti politique, perçu non comme un espace collectif de débat, mais comme une propriété privée, un fief personnel, parfois familial. La plupart des partis d’opposition togolais fonctionnent sur le modèle du chef inamovible, éternel candidat, éternel président, éternel recours. Les congrès y sont formels, les élections internes inexistantes, les décisions concentrées entre quelques mains. Toute tentative de renouvellement est immédiatement interprétée comme une menace personnelle. Ce culte du chef est la matrice du despotisme. On ne devient pas démocrate par magie le jour de l’investiture. On gouverne comme on a milité. Un parti où l’on étouffe la contradiction produira un État où l’on réprimera la dissidence.

    Un trait frappant chez ces leaders d’opposition est leur incapacité à distinguer la critique politique de l’attaque personnelle. Toute analyse sévère est vécue comme une insulte, toute distance critique comme une collusion avec le pouvoir en place. Cette posture paranoïaque est typique des régimes autoritaires, obsédés par l’ennemi intérieur. Or, la critique est un service rendu à la démocratie, pas une trahison. Celui qui exige l’adhésion inconditionnelle, le silence respectueux et l’alignement total ne prépare pas la liberté mais plutôt la servitude. Au-delà des slogans et des indignations circonstancielles, que proposent réellement ces chefs de partis? Très peu parlent de réforme profonde de l’armée, de l’indépendance réelle de la justice, de la limitation stricte des mandats, de la transparence du financement politique, de la décentralisation effective du pouvoir, de la protection institutionnelle de l’opposition et de la presse. La plupart se contentent d’un discours de substitution qui est de remplacer des hommes, sans transformer le système. Or, un système autoritaire géré par de nouveaux visages reste un système autoritaire.

    L’histoire politique africaine est riche d’enseignements tragiques. Des opposants persécutés, une fois au pouvoir, devenus des tyrans implacables. Pourquoi? Parce que leur combat n’était pas fondé sur des principes démocratiques, mais sur la frustration, la rancœur et la revanche personnelle. Au Togo, certains leaders d’opposition donnent tous les signaux de cette dérive par l’obsession de leur propre personne, l’incapacité à reconnaître leurs erreurs, le mépris pour la société civile autonome, l’instrumentalisation émotionnelle des souffrances populaires. Un tel profil, une fois doté de l’appareil sécuritaire et administratif de l’État, serait bien plus dangereux qu’un régime déjà connu, précisément parce qu’il agirait au nom d’une légitimité morale supposée.

    Le drame togolais est là, un peuple coincé entre un pouvoir autoritaire installé et une opposition autoritaire en gestation. D’un côté, un régime qui gouverne par la force, la fraude et la peur. De l’autre, des opposants qui rêvent du pouvoir sans en accepter les contraintes démocratiques. Ce faux choix est une impasse historique. Le Togo n’a pas besoin de sauveurs colériques, de chefs messianiques ou de tribuns susceptibles. Il a besoin de démocrates cohérents, capables de vivre la démocratie avant de prétendre l’imposer. Il faut le dire sans détour, tout chef de parti d’opposition qui déteste la critique est un dictateur en formation. Celui qui réclame la liberté mais ne la pratique pas est un imposteur politique. Celui qui exige le pouvoir sans accepter le contrôle prépare une catastrophe nationale. La démocratie ne se proclame pas, elle se démontre. Et elle se démontre d’abord dans l’opposition, quand on n’a ni armée, ni police, ni prisons à sa disposition. Ceux qui échouent à ce test ne méritent ni le pouvoir, ni la confiance du peuple.

    Le Togo ne sera sauvé ni par des tyrans fatigués, ni par des tyrans impatients. Il ne le sera que par une rupture radicale avec la culture politique de l’intolérance, de l’ego démesuré et de la confiscation du débat public où qu’elle se trouve, y compris dans l’opposition.

    Eric Georges Anani Lawson

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