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Crapulerie et vice du sexe des dirigeants

Dans certaines républiques tropicales où le soleil brille plus fort que la morale publique, il est des dirigeants qui gouvernent avec deux boussoles. L’une pointant vers le pouvoir absolu, l’autre vers les plaisirs les plus triviaux. Le Togo, dans cette caricature assumée, semble parfois illustrer cette double dérive où la gestion de l’État se confond dangereusement avec la satisfaction d’appétits personnels, financiers, politiques… et charnels. Loin de nous de moraliser ici la vie privée des individus. Après tout, la vie intime relève de la sphère personnelle. Mais lorsque les excès deviennent système, lorsque les dérives sexuelles se mêlent aux abus de pouvoir, lorsqu’elles deviennent instruments de domination, de corruption ou de chantage, alors la question cesse d’être privée. Elle devient politique et nationale.

Dans les corridors du pouvoir, entre deux conseils des ministres sans véritable débat, circulent des récits que personne n’ose consigner officiellement mais que tout le monde murmure. Promotions conditionnées, faveurs échangées contre silence, carrières brisées pour avoir résisté, ou construites sur la complaisance… Le sexe, dans cette tragédie burlesque, devient monnaie d’échange. La baisse de pantalon et de culotte à tout vent des dirigeants qui tirent dans toutes les jambes féminines, fait débat. Une devise officieuse dans une économie morale en faillite. Ce qui choque le plus, ce n’est pas tant l’existence de ces pratiques, car aucune société n’en est totalement exempte, mais leur banalisation. Leur intégration dans la culture du pouvoir, leur transformation en norme tacite. Comme si gouverner impliquait nécessairement une forme d’impunité totale, y compris sur les terrains les plus sensibles de la dignité humaine.

À observer certains comportements, on pourrait croire que l’État n’est qu’un vaste domaine privé où tout est permis à ceux qui détiennent les clés: les ressources publiques, les institutions… et parfois même les corps. Le Togolais devient spectateur impuissant d’une pièce dont il finance pourtant la production. Cette confusion des sphères révèle une pathologie plus profonde. Celle d’un pouvoir qui ne se limite plus, ne se régule plus, et ne se remet plus en question. Un pouvoir qui s’auto-justifie, s’auto-absout, et finit par considérer toute critique comme une offense personnelle plutôt que comme un devoir démocratique.

Le vice, ici, n’est pas seulement moral. Il est structurel et s’inscrit dans un système où l’absence de contre-pouvoirs ouvre la voie à toutes les dérives. Là où la justice est aux ordres, où les institutions sont inexistantes, où la presse est muselée ou fragilisée, les excès prospèrent. Ils ne sont plus des accidents et deviennent des symptômes. Et pourtant, derrière cette façade de toute-puissance, se cache souvent une grande fragilité. Car un pouvoir qui se nourrit de domination, qu’elle soit politique, économique ou sexuelle, est un pouvoir qui craint, qui redoute l’éveil des consciences, qui tremble face à la transparence et qui fuit la vérité comme une lumière trop crue.

Les Togolais observent et ironisent parfois, pour ne pas sombrer dans le désespoir. Mais, finiront tôt ou tard, sûrement par réclamer des comptes, même lorsque tout semblera figé. Le rire, dans ce contexte, devient un outil de survie. Une manière de dire l’indicible sans tomber dans le silence complice. Une manière de résister sans disposer d’armes traditionnelles. Il grossit les traits, exagère les travers, non pour déformer la réalité, mais pour mieux la révéler. Alors oui, parlons-en. Non pas par voyeurisme, mais par exigence et pour responsabiliser. Car un dirigeant, quel qu’il soit, ne peut prétendre incarner la nation tout en bafouant les principes fondamentaux qui fondent sa dignité. Le vrai scandale n’est pas le vice en lui-même mais l’impunité. C’est le silence imposé et l’acceptation résignée. Et tant que cette culture persistera, la République restera une illusion fragile, suspendue entre les discours officiels et les réalités officieuses.

Mais toute illusion a une fin.

Anani Ahoévi
DjaleleNews

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