À Lomé, Dieu n’habite plus au ciel. Il a pris un terrain à Adidogomé, ouvert une « mission internationale », posé une banderole rouge et blanc sur laquelle on lit: «2026, ton année de restauration totale». À Tokoin, on ne cherche plus de travail mais une prophétie. Parce que travailler sans parole révélée, c’est manquer de foi. À Bè, on n’organise plus la lutte mais des veillées. Et pendant qu’on veille, d’autres veillent sur les contrats.
Le Togolais dit Amen plus vite qu’il ne dit bonjour. Il dit Amen à la pauvreté, Amen aux promesses politiques, Amen aux pasteurs-millionnaires, Amen même quand on augmente le prix de l’électricité. Mais quand on lui dit: «Organise-toi, réfléchis, exige». Il répond: «Dieu va s’en charger».
Adidogomé est devenu le Silicon Valley du miracle. Chaque carrefour a son prophète, pas besoin de permis de construire, Dieu a autorisé. On y trouve, l’église de la percée financière, le ministère de la délivrance express, le centre de prière contre les blocages familiaux (surtout quand le blocage, c’est le chômage). Les fidèles viennent à pied, les pasteurs repartent en voiture 4X4.
À Tokoin, la foi est sérieuse, bien habillée, climatisée. Ici, on ne crie pas trop, on déclare. On ne souffre pas, on traverse une mauvaise saison. Les offrandes sont discrètes, mais lourdes. Dieu aime aussi les cartes bancaires.
Quand la Bible remplace la Constitution au Togo. Eh oui, on cite plus de versets que d’articles de loi. On connaît le Psaume 23, mais pas l’article sur les droits fondamentaux. On respecte le pasteur plus que l’enseignant. On craint plus la malédiction que l’injustice. Le résultat donne des citoyens très pieux, mais très patients.
Des pasteurs sortis de différents trous à rats, qui connaissent mieux ton avenir que ton quartier. Le problème du Togo n’est pas Dieu. Le problème, c’est le Dieu qu’on utilise pour ne pas se battre. À force de dire «Dieu va agir», on a oublié de dire «Nous allons agir». Et pendant que Lomé prie, le monde avance.
Sébastien Kodjo


