More
    AccueilSociétéLe cellulaire dans la rue et au volant

    Le cellulaire dans la rue et au volant

    Depuis que tout le monde a un cellulaire dans la poche, certains oublient complètement leur environnement et transforment la rue en salle de réunion. Le problème, c’est que certains individus parlent très fort (souvent plus fort qu’en face à face, comme si la personne au bout du fil était sourde ou à des kilomètres). Ça se produit tôt le matin ou tard le soir, des moments où le silence a encore plus de valeur pour les habitants du quartier. Il y a un manque de conscience collective, l’espace public est partagé, mais certains se comportent comme s’il leur appartenait entièrement. C’est un peu comme une nouvelle forme de pollution sonore moderne. On n’y pense pas souvent, mais ça affecte vraiment la tranquillité.

    Il y a des matins où l’on se dit que le monde a perdu toute notion du mot silence. À peine le jour se lève que déjà, dans la rue, défile une étrange procession. des gens pressés, téléphone à l’oreille, parlant si fort qu’on pourrait croire qu’ils animent un meeting politique. Le plus fascinant, c’est le contenu des discussions. Les passants et le voisinage sont abreuvés de confidences existentielles. On entend tout: les histoires de couple, les affaires de boulot, les galipettes, les scandales de popotins… bref, la vie privée est devenue podcast gratuit pour toute la rue.

    On croyait que le téléphone portable servait à communiquer. Erreur. Il sert désormais à imposer sa logorrhée à tout le monde. Plus besoin de micros. Il suffit d’un Kodjovi surexcité ou d’une ablavi enragée pour réveiller un quartier entier. Aujourd’hui, on vit dans une époque où certains confondent l’espace public avec leur salon, et leurs voisins avec des spectateurs captifs. Les cas les plus graves sont ceux au volant et à motocyclette. Chaque jour sur nos routes, un geste banal met en péril des centaines de vies. Le téléphone en conduisant. Au Togo, cette pratique est devenue un fléau aussi discret que meurtrier. Dans nos rues comme sur nos nationales, il n’est pas rare de voir des automobilistes pianoter sur leur écran ou des motocyclistes porter leur téléphone à l’oreille en pleine circulation, comme si rien n’était plus normal. Pourtant, derrière ce geste de quelques secondes se cache une véritable bombe à retardement.

    Les chiffres sont sans appel. En 2022, le Togo a enregistré 7 507 accidents de la route, causant 683 décès. Parmi les causes récurrentes, parmi la multitude de facteurs, on dénote principalement la distraction au volant et notamment l’usage du téléphone cellulaire. Selon les experts, envoyer un message en conduisant multiplie par 23 le risque d’accident. Même un simple appel téléphonique multiplie ce risque par 4 à 5. Une seconde d’inattention peut suffire pour renverser un piéton, percuter un motocycliste ou semer le chaos dans la circulation. À Lomé comme dans les autres villes, le spectacle est tristement familier. Les conducteurs de taxi-motos tenant leur téléphone d’une main, livreurs de repas lisant un message en slalomant entre les voitures, automobilistes scotchés à leur écran dans les embouteillages. Les routes deviennent alors des pièges mortels où l’imprudence, voire la distraction d’un seul, peut coûter la vie à plusieurs.

    Le Code de la route togolais interdit depuis 2013 l’usage du téléphone portable au volant. Sur le papier, les sanctions sont claires: amende, retrait de permis, voire immobilisation du véhicule. Mais dans la réalité, leur application demeure largement illusoire. Pourquoi? Parce que les contrôles routiers, censés protéger les citoyens, sont régulièrement pervertis par la corruption. Trop fréquemment, des agents de la police ou de la gendarmerie préfèrent fermer les yeux en échange d’un billet glissé discrètement. Résultat, les automobilistes délinquants s’en tirent à bon compte sans véritable sanction et le cercle vicieux de l’impunité se perpétue.

    Cette situation n’est pas seulement une trahison de la loi. C’est une trahison de la vie humaine. Quand l’autorité censée garantir la sécurité publique se monnaye, chaque Togolais devient une cible potentielle sur la route. Le téléphone portable est devenu un outil indispensable dans nos vies modernes, mais il ne doit jamais transformer la route en cimetière. Tant que la corruption minera l’application de la loi, les morts continueront de s’accumuler. Le Togo ne peut se résigner à voir ses citoyens périr par simple négligence doublée de complicité tacite des autorités.

    Au volant ou au guidon, nos mains et nos yeux doivent rester concentrés sur la route, pas sur l’écran, ni sur le pot-de-vin.

    Anani Ahoévi

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Articles populaires

    spot_img
    google-site-verification: google2fe349c51340a526.html