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Théâtre: « Les intellectuels du Royaume de Togolistan »

« Les intellectuels du Royaume de Togolistan »
Comédie en 4 actes et 17 hypocrisies

  • LE PROFESSEUR LUMIÈREVrai intellectuel. Parle trop pour un pays où penser est déjà un délit.
  • LE MINISTRE DE L’INTELLIGENCE CONTRÔLÉECostume impeccable, idées poussiéreuses.
  • LE DOCTEUR COMPROMISSION Intellectuel médiocre, grand consommateur de buffets officiels.
  • L’ÉTUDIANTE RÉFLEXIAEsprit vif, allergique à la propagande.
  • LE NARRATEURDégouté, mais enthousiaste.
  • LE CHŒUR DES COURTISANSApplaudit tout, même le silence.
  • LE PEUPLEPrésent mais rarement entendu.
ACTE I - L’Amphithéâtre de la Pensée Interdite                                                                                                                              Un vieil amphithéâtre; ventilateur cassé; quelques étudiants. Le Professeur Lumière écrit "ESPRIT CRITIQUE" au tableau.)

PROFESSEUR LUMIÈRE: Chers étudiants, aujourd’hui nous allons apprendre quelque chose de révolutionnaire… penser! (Le Chœur des Courtisans s’évanouit.)

RÉFLEXIA: Monsieur, vous savez que c’est dangereux d’enseigner ça? Le Ministre a dit qu’il faut encourager l’intelligence… mais sous supervision.

PROFESSEUR LUMIÈRE: Justement, la supervision du ministère, c’est comme mettre un cadenas sur une bibliothèque. Ça rassure ceux qui ne lisent pas.(Le public rit. Un tambour résonne soudain: entrée du Ministre.)

ACTE II - Arrivée du Ministre de l’Intelligence Contrôlée       
(Le Ministre entre avec trois porteurs de dossiers vides.)

MINISTRE: Professeur Lumière! On m’a signalé que vous apprenez aux étudiants à… analyser? C’est interdit sans autorisation article 45-B, chapitre « Pensée sous contrôle ».

PROFESSEUR LUMIÈRE: Je me contente de leur apprendre à réfléchir.

MINISTRE: Justement! C’est ce qui m’inquiète. Un étudiant qui réfléchit, c’est un futur citoyen qui pose des questions. Et un citoyen qui pose des questions… (frissonne) … met en danger la stabilité nationale!

RÉFLEXIA: Mais monsieur le Ministre, la stabilité sans liberté, c’est une prison.

MINISTRE: Une prison? Très bien gérée, alors! Tout le monde y reste tranquille.(Le Chœur des Courtisans applaudit frénétiquement.)

ACTE III - Le Bal des Faux Intellectuels                                    
Salon tape-à-l’œil. Le Docteur Compromission se pavane, une coupe de champagne à la main.)

DOCTEUR COMPROMISSION: Ah, chère Réflexia! Ah, cher Professeur! Venez! Je viens de publier un rapport très important sur la démocratie au Togolistan: « Tout va très bien. »
Un chef-d’œuvre d’analyse neutre, objective… et grassement rémunérée.

PROFESSEUR LUMIÈRE: Vous appelez ça de l’analyse?

DOCTEUR COMPROMISSION: Bien sûr! J’ai même ajouté des mots compliqués: « résilience institutionnelle », « stabilité adaptative », « démocratie performative ». Quand on ne comprend rien, ça fait sérieux.

RÉFLEXIA: Et vous croyez à ce que vous écrivez?

DOCTEUR COMPROMISSION: Croire? (rires) Ma chère, je ne suis pas payé pour croire. Je suis payé pour convaincre.

MINISTRE: Exactement! Voilà un vrai intellectuel! (Il pose la main sur l’épaule du Docteur avec fierté.) Il parle notre langue: la langue du flou institutionnel.

PROFESSEUR LUMIÈRE: Vous êtes des acrobates de la compromission. Votre pensée a un abonnement mensuel au silence.

DOCTEUR COMPROMISSION: Et votre pensée, cher Professeur, n’a… aucun sponsor. (Le Chœur rit, presque gêné.)

ACTE IV - La Révolte des Esprits                                               
(Retour à l’amphithéâtre. Le Peuple murmure au fond. Le Professeur et Réflexia s’adressent à eux.)

PROFESSEUR LUMIÈRE: Un pays ne se libère pas avec des courtisans diplômés. Un pays se libère avec des citoyens éclairés.

RÉFLEXIA: Si on laisse les intellectuels médiocres penser à notre place, ils penseront uniquement à leurs avantages. (Le Peuple acquiesce bruyamment.)

MINISTRE: Silence! La liberté d’expression doit rester dans le cadre… prévu!

PROFESSEUR LUMIÈRE: Justement! Le problème, c’est que votre cadre est si petit qu’on ne peut même pas y mettre une idée!

DOCTEUR COMPROMISSION: Moi, je m’y suis très bien adapté.

RÉFLEXIA: C’est normal: vous avez plié votre colonne vertébrale depuis longtemps. (Le public explose de rire.)

LE PEUPLE (en chœur): Nous voulons penser! Nous voulons comprendre! Nous voulons décider! (Silence. Le Ministre blêmit. Le Docteur renverse son champagne.)

NARRATEUR: Et c’est ainsi, mesdames et messieurs, que dans le Royaume de Togolistan, les vrais intellectuels continuèrent d’allumer des étincelles…tandis que les faux continuaient de jouer avec les ombres.

 Eric Georges Anani Lawson

 

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