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    La démocratie et les partis politiques

    La démocratie et les partis politiques (Le seuil, coll « Points Politiques« , 306P, 1979) Moisei OSTROGORSKI

    Moisei Ostrogorski est l’un des premiers intellectuels européens à avoir réfléchi sur le fonctionnement des partis politiques et de leur rôle dans l’organisation de la démocratie. Cet ouvrage a été publié en 1902. C’est après des voyages en Grande-Bretagne et aux États-Unis qu’il a découvert des partis politiques à l’œuvre dans un système démocratique. Ce livre est le fruit de ses observations.

    En analysant la genèse des partis politiques, Ostrogorski dégage d’entrée de jeu la notion de caucus. Les caucus sont les comités électoraux locaux dont le rôle consiste à organiser et à orienter les électeurs en tissant des liens solides entre eux et leurs partis politiques. C’est grâce aux caucus que les partis politiques modernes sont devenus de véritables machines politiques et électorales. Dès lors, les partis sont obligés, du fait de la concurrence, de fabriquer une opinion stéréotypée pour les partisans. Cette opinion doit avoir nécessairement avec l’orthodoxie du parti que les leaders ont pour tâche essentielle de divulguer pour recruter des militants et des sympathisants.

    Le leader politique tire toute sa force de l’appareil du parti au service duquel, il met son charisme, en même temps que l’organisation du parti travaille à parfaire l’image du leader dans un but électoraliste. Quelle que soit la popularité d’un leader, il n’est rien sans un parti derrière lui car les électeurs se reconnaissent davantage dans un parti qu’en un homme. Les hommes passent le parti demeure.

    Dans l’intérêt de l’orthodoxie et de la ligne politique du parti, il a été instauré la discipline de parti et donc de vote lors des débats au parlement au point de faire parfois des députés de «simples automates à voter». Ils ne votent pas selon leurs idées ou convictions mais seulement en fonction des mots d’ordre du parti.

    Déjà à cette époque, en Grande-Bretagne, Ostrogorski soulignait «l’action libératrice de l’indemnité parlementaire» dans la mesure où une relative indépendance financière mettait le député à l’abri de la corruption et de la misère qui est une porte ouverte à la corruption. Il va plus loin en disant que : «L’institution de l’indemnité parlementaire ne porterait tous ses fruits que si elle était complétée par une autre mesure qui mettrait aux frais de l’État les dépenses électorales officielles».N’est-ce pas ces problèmes de financement occulte des partis qui ruinent des carrières politiques aujourd’hui dans les vieilles démocraties d’Occident et du Japon? Pour Ostrogorski, confier le financement des campagnes électorales des partis à l’État, préserverait les candidats de la corruption et de la compromission avec les groupes de pression économiques ou la ploutocratie.

    Mais ce que Ostrogorski reproche fondamentalement aux partis politiques, ce n’est pas tant de former de militants aguerris que de former des individus intellectuellement dépendants comme un troupeau de moutons. Cette dépendance est même entretenue sciemment car les partis ont besoin de mobiliser leurs troupes sans que celles-ci ne discutent les mots d’ordre. Cette au vu de cette dépendance des citoyens vis-à-vis des partis que l’auteur a perçu le formalisme comme un danger pour la démocratie car il engendre le conformisme.

    Pour implanter solidement la démocratie et la sauver, il ne suffit pas d’avoir la foi comme le croyant mais il faut des actes militants, du désintéressement et un don de soi permanent.

    Ostrogorski conçoit le vote des électeurs comme un pouvoir d’intimidation social : «La fonction des masses en démocratie n’est pas de gouverner, mais d’intimider les gouvernants. La vraie question, cette fois encore, est de savoir si elles sont capables d’intimider et dans quelle mesure elles le sont». Ailleurs, l’auteur est encore plus explicite : «Toutes les libertés publiques sur lesquelles le suffrage universel s’étaie, et qui sont considérées comme les garanties de la liberté, ne sont que des formes ou des instruments du pouvoir d’intimidation sociale, protecteur des membres de la cité contre les abus de la force : liberté de la presse, droit de réunion, d’association, garanties de la liberté individuelle».

    Ostrogorski donc à côté du pouvoir répressif des gouvernants, et le pouvoir préventif de l’opinion. C’est ce pouvoir préventif qui réalise l’idéal de la démocratie en ce sens qu’il concrétise au plus haut degré la puissance d’intimidation sociale.

    Il est un despotisme de l’opinion qu’il appelle encore l’oppression morale du nombre. Le conformisme aidant, peu de gens sont capables de manifester publiquement leurs divergences d’opinion par rapport à l’opinion majoritaire qui culpabilise l’individu mal-pensant. La démocratie a besoin d’esprits indépendants qui ont le courage de braver le bêlement du troupeau pour sa propre survie car le formalisme politique représente un danger réel pour le système. C’est dans cet ordre d’idée qu’il fait le distinguo entre l’union et l’unité.

    «L’unité n’est plus possible depuis que s’est ouverte l’ère de la liberté, où les idées et les intérêts cherchent à s’affirmer dans toute leur variété».

    En réfléchissant bien à cette assertion, en considérant la politique togolaise, on constate que l’échec des regroupements de l’opposition démocratique (COD1 et COD2) a résidé dans la volonté de réaliser stupidement une unité impossible en voulant mélanger l’eau et le feu, alors qu’il aurait tout simplement fallu rechercher l’union sur des bases claires et honnêtes. Entre unité et unicité, il n’y a qu’un pas à franchir…

    «La vertu de la nouvelle méthode est si grande parce qu’elle est fondée sur le principe vital de l’ordre de choses sorti de la révolution démocratique, sur le principe de l’union remplaçant l’unité. L’ancien ordre, un et indivisible a péri avec la société qui lui servait de base». L’unité étouffe la diversité d’opinion, les différences, les spécificités. L’union au contraire les prend en compte dès lors qu’elle les reconnaît et les accepte. N’est-ce pas au nom de l’unité que des dictateurs ont crée le parti unique.

    Pour ce qui de la bête noire d’Ostrogorski, le formalisme politique, il dit que la victoire sur cette réalité des systèmes démocratiques se remportera dans l’esprit des électeurs. Pour sauver la démocratie, il encourage l’esprit critique, le courage de déclarer publiquement ses opinions, les consciences éveillées, une bonne culture intellectuelle et morale ainsi que le renouvellement des méthodes politiques afin de responsabiliser davantage l’électeur pour qu’il devienne un acteur politique actif, conscient et responsable et non plus un automate manipulable.

    Ayayi Togoata Apédo-Amah

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