AccueilBilletSortir du coma, arracher les perfusions des charlatans

Sortir du coma, arracher les perfusions des charlatans

Le Togo est allongé sur un lit d’hôpital depuis si longtemps qu’on a fini par appeler cela la normalité. Un pays sous perfusion, plongé dans un coma politique profond, surveillé non par des médecins compétents, mais par une cohorte de charlatans malhonnêtes, de rebouteux cupides et de guérisseurs autoproclamés du pouvoir. Ils se succèdent au chevet du malade, récitent des incantations, facturent des soins imaginaires, et s’étonnent ensuite que l’état du patient empire. Le plus tragique n’est même plus la maladie, c’est l’acceptation docile du coma. Car le peuple togolais ne manque ni de pouls, ni de mémoire, ni d’intelligence collective. Il manque surtout de ce sursaut vital qui consiste à refuser l’anesthésie prolongée, à ouvrir les yeux malgré la douleur, à arracher les électrodes mensongères qui affichent une stabilité factice sur des écrans truqués.

La fièvre est connue, confiscation du pouvoir, institutions vidées de leur substance, élections transformées en rituels folkloriques, opposition fragmentée, société civile épuisée. Le diagnostic est posé depuis des décennies. Mais les médecins du régime jurent que le patient va bien. Et pendant ce temps, les rebouteux politiques s’enrichissent. Ils vendent des potions de promesses, des élixirs de dialogues sans suite, des sirops de réconciliation sans justice. Chaque crise devient une opportunité de facturation. Chaque protestation, un prétexte à s’acheter une nouvelle blouse blanche. Soyons honnêtes, aucun coma ne dure éternellement sans une forme de résignation collective, on s’habitue à tout, même à l’asphyxie. On apprend à murmurer au lieu de parler, à ironiser au lieu d’agir. Le Togolais râle, analyse, plaisante, souvent avec une intelligence remarquable, mais retourne trop vite à sa survie individuelle, laissant le corps collectif aux mains des apprentis sorciers. Chacun protège son petit organe pendant que le système nerveux central est confisqué. Or un peuple n’est pas une salle d’attente éternelle.

Rien n’effraie plus un charlatan qu’un malade qui se redresse. Un peuple éveillé pose des questions, exige des comptes, compare les ordonnances aux résultats. C’est pourquoi on infantilise, on distrait, on divise. On explique au peuple qu’il est trop fragile pour la vérité, trop immature pour la démocratie, trop pauvre pour la liberté. On lui promet une guérison future, toujours après la prochaine injection de patience. Mais l’histoire est cruelle avec les peuples qui attendent trop longtemps, le coma finit par devenir irréversible. Et rester allongé sous la garde des charlatans garantit une seule issue, l’agonie lente, administrée avec le sourire. Il est temps de se lever du lit, d’arracher les faux diagnostics, et de rappeler une vérité simple, brutale, mais libératrice. Un pays ne guérit jamais tant qu’il confie son avenir à des imposteurs. Un peuple ne renaît jamais tant qu’il accepte de dormir pendant qu’on le dépouille. Le réveil sera brutal. Mais il vaut mieux une douleur consciente qu’un coma confortable.

Solange Kolani

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