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    Quand les rites du Nouvel An en pays Guin entrent dans le patrimoine vivant de l’humanité

    Le jeudi 11 décembre restera gravé comme une date majeure dans l’histoire culturelle du pays Guin et, au-delà, dans celle du patrimoine africain et universel. Ce jour-là, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a officiellement inscrit les rites du Nouvel An en pays Guin, connus sous le nom d’Ekpesosso, également appelés «prise de la pierre sacrée», sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

    Cette reconnaissance internationale consacre bien plus qu’un rituel. Elle célèbre une vision du monde, une relation sacrée au temps, à la nature, aux ancêtres et à la communauté. Ekpesosso devient ainsi un héritage partagé par l’humanité entière, tout en demeurant profondément enraciné dans l’identité et la mémoire collective du peuple Guin.

    Ekpesosso marque le passage d’une année à une autre selon le calendrier traditionnel Guin. Il ne s’agit pas d’un simple changement de date, mais d’un renouvellement cosmique et social où le temps est réajusté, purifié et réharmonisé. Au centre de cette cérémonie se trouve la pierre sacrée, objet symbolique majeur, dépositaire de la continuité du monde, de la parole ancestrale et de l’équilibre entre les forces visibles et invisibles.

    La «prise de la pierre sacrée» est un moment d’une intensité spirituelle rare. Elle engage les autorités traditionnelles, les gardiens du savoir, les initiés et l’ensemble de la communauté. Par ce geste rituel, le peuple Guin affirme sa fidélité à l’ordre du monde hérité des ancêtres et renouvelle le pacte moral, social et spirituel qui fonde la vie collective.

    Depuis des générations, Ekpesosso se transmet de manière orale et pratique, dans le respect strict des codes, des silences et des symboles. Le rite joue un rôle central dans l’éducation culturelle des jeunes, leur apprenant la patience, l’écoute, le respect des anciens et le sens de la responsabilité collective.

    Au-delà de sa dimension religieuse, Ekpesosso est aussi un puissant facteur de cohésion sociale. Il rassemble les familles, renforce les liens communautaires et rappelle à chacun sa place dans la chaîne des générations. Dans un monde en mutation rapide, marqué par l’individualisme et l’érosion des repères traditionnels, ce rite apparaît comme un socle de stabilité et de continuité.

    L’inscription d’Ekpesosso sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité constitue une reconnaissance internationale de la richesse des cultures africaines, longtemps marginalisées ou réduites à des expressions folkloriques. L’UNESCO souligne ainsi la valeur universelle des savoirs traditionnels africains et leur contribution essentielle à la diversité culturelle mondiale.

    Cette reconnaissance engage également une responsabilité collective qui est celle de préserver, documenter et transmettre ce patrimoine vivant, sans le dénaturer ni le réduire à un simple spectacle touristique. Ekpesosso n’est pas une performance figée, mais une pratique vivante, intimement liée à son contexte social, spirituel et territorial.

    L’entrée d’Ekpesosso dans le patrimoine immatériel de l’humanité ouvre de nouvelles perspectives, mais pose aussi des défis. Comment protéger le caractère sacré du rite face aux risques de marchandisation? Comment assurer sa transmission aux jeunes générations tout en dialoguant avec la modernité? Comment permettre une visibilité internationale sans trahir l’essence du rituel?

    Ces questions interpellent à la fois les autorités traditionnelles, les chercheurs, les artistes et les communautés locales. La reconnaissance de l’UNESCO doit être comprise comme un levier de valorisation maîtrisée, respectueuse des détenteurs légitimes de ce savoir ancestral.

    Avec l’inscription d’Ekpesosso, le pays Guin inscrit son nom dans le grand récit du patrimoine culturel mondial. C’est une victoire symbolique, une fierté collective et un hommage rendu aux ancêtres qui, siècle après siècle, ont veillé à la transmission fidèle de ce rite fondateur.

    Ekpesosso, la pierre sacrée du temps, rappelle à l’humanité que le progrès ne se mesure pas uniquement à l’aune de la technologie, mais aussi à la capacité des peuples à préserver leur mémoire, leur sagesse et leur rapport harmonieux au monde. En reconnaissant ce rite, l’UNESCO reconnaît la voix du peuple Guin comme une voix essentielle dans le concert des cultures humaines.

    Eric Georges Anani Lawson

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